Au large des Kerguelen

Superbe spectacle de deux Imoca à foils, Banque Populaire VIII (Armel Le Cléac’h) et Hugo Boss (Alex Thomson), lancés à plus de 20 nœuds en plein océan Indien et filmés depuis un hélicoptère de la Frégate Nivôse, dont la mission est d’assurer la souveraineté de l’état français au sein des TAAF (Terre Australe et Antarctiques Françaises).

Saisissant contraste entre un Armel Le Cléac’h toujours flegmatique et un Alex Thomson exhubérant, qui grimpe sur son cockpit pour aller débusquer l’Union Jack dont il a avoué qu’il rêve de le brandir en franchissant la ligne d’arrivée en vaiqueur.

Très intéressant également de voir la différence d’attitude des deux bateaux à une amure où le foil cassé d’Hugo Boss ne contribue pas à l’équilibre du bateau. Banque Populaire VIII navigue à plat sous grand-voile à un ris et J2 tandis Hugo Boss navigue plutôt gité sous deux ris, petit gennaker et trinquette.

On comprend mieux, sur ces images de mer formée, de temps gris et de vent fort le sentiment d’isolement des marins. Même Armel avouait lors d’une vacation "Il y a des moments où tout va bien à bord et d’autres où le moral est un petit peu plus bas, car il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. J’essaie de ne pas trop y penser, de prendre les choses au jour le jour. Il faut prendre son rythme et essayer de tenir mentalement et physiquement avec la fatigue, le froid, le décalage horaire aussi. La route est longue et on n’est pas à l’abri de problèmes.".

Quant à Alex Thomson, qui a affirmé avant le départ "J’aime le Vendée Globe et la mer, mais surtout si je marche bien. Sinon, c’est plus sûr et plus confortable de passer 80 jours en prison. Cette course, c’est une violation des droits de l’homme !", il avoue dans cette vidéo que, dans ces latitudes "you definitely feel isolated".

Il s’était d’ailleurs épanché lors d’une vacation avec la direction de course : "Ici c’est un autre monde. C’est dans ces environs en 2007 lors de la Barcelona World Race que j’ai appris que mon père avait fait un infarctus. Je n’oublierai jamais le sentiment d’avoir été complètement inutile et isolé, et il était même difficile de téléphoner. Je me méfie de cet endroit. Ce n’est pas que je me sens seul. Il y a des centaines de milliers de gens qui me suivent. Je suis à une vingtaine de milles d’Armel. Ce n’est pas la solitude. Je me sens isolé, et non pas seul."

[Ajout au 2/12/2016] Réaction de Tanguy de Lamotte pour Tip & Shaft :


On voit de manière flagrante la différence dans la manière dont les bateaux sont menés : Alex est sur le côté où il n’a pas son foil (tribord), il est à l’attaque avec un plan de voilure qui démontre qu’il charge pour compenser, à savoir un petit gennak avec un J3 et deux ris dans la grand-voile. Privé de son foil, il n’a pas autant de couple de redressement donc son plan de voilure est assez bas avec un max de bâche, alors qu’Armel a un centre de voilure plus élevé parce qu’il a de l’appui avec son foil. On le voit un moment sous code zéro, après sous J2, c’est beaucoup plus conservateur comme plan de voilure. Les deux ont des styles très différents : Armel est hyper patient, il tente d’y aller à l’usure, tandis qu’Alex est un impulsif qui essaie d’être à fond quitte à aller taper dans les coins. Je suis hyper admiratif de son Vendée Globe, beaucoup de gens sont souvent assez dubitatifs sur sa manière de faire, je trouve que là, il fait une sacrée belle démonstration, il me surprend de façon positive.

Autre belle rencontre faite par la Frégate Nivôse, celle de Sébastien Josse :

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+ deux = trois


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