Archive for the ‘General’ Category

Vote blanc

Sunday, April 30th, 2017

Nous sommes manifestement entrés dans une forme démocratique étrange où il serait non seulement obligatoire de voter, mais également de voter pour le seul candidat envisageable. Il faut donc tous se mettre en marche, et dans la même direction, à la façon d’un troupeau de moutons… ou de lemmings.

J’ai fait l’expérience de rappeler sur Twitter que j’avais pris depuis plusieurs années la décision de voter définitivement blanc, car notre forme politique très indirecte et fortement pyramidale n’a plus de sens pour moi (et je l’imagine – au moins inconsciemment – pour la majorité, qui, de plus en plus rapidement après qu’elle a élu un individu, lui accorde un niveau de confiance inférieur à 15%). Me voici donc un méchant, inconscient de la montée du nazisme et de l’oppression brutale qui va s’abattre sur la veuve, l’orphelin, « le noir, l’arabe, le juif et le pédé ».

On dit que l’histoire éclaire l’avenir… encore faut-il l’utiliser à bon escient et ne pas s’aveugler, en se braquant ce puissant projecteur en pleine face. Il est très sain d’être vacciné contre le nazisme, et de faire une réaction allergique lorsqu’on détecte ses prémisses ; mais ce n’est pas une raison suffisante pour débrancher ses neurones et atteindre le point Godwin à la vue d’un nationaliste ou d’un facho d’opérette.

L’injonction du vote Macron est probablement la résultante de cette saine vaccination et d’une paresse intellectuelle qui l’est beaucoup moins : faire le bilan que notre mode démocratique est usé jusqu’à la corde obligerait à un travail inventif, à s’investir dans l’exploration des moyens de démocratie directe qui sont désormais accessibles à notre société maillée, comme les jurys citoyens ou la démocratie liquide ; à l’opposé, vaquer à ses occupations en imaginant que le paradigme en cours est une constante intangible et se doter d’une image personnelle favorable en « votant bien » tous les cinq ans est grandement plus confortable.

Prenons un peu de recul sur les excitations de campagne électorale, voire même beaucoup de recul car ma propre sensibilité vaccinale m’amène à craindre les foules qui acclament un leader, quelle que soit la forme de la foule et la motivation de celui qui la galvanise – elle m’amène également à railler gentiment ceux qui pensent, avec leur vote, arbitrer entre les sept plaies d’Ègypte et le concert de louange des anges.

D’un côté, donc, il y a le nationalisme du Front National. C’est nauséabond et ringard, basé sur un enfermement étriqué « dans les murs » justifié par la haine de celui qui ne nous ressemble pas – et qui, au passage, doit faire peur afin de justifier la protection d’un état fort. Dans les régimes récents, on peut le comparer à la troïka Trump, Putin, May. Si on cherche une vision longue, ce serait plutôt la démocratie israélienne, historiquement prise en tenaille entre les militaires et les religieux orthodoxes au prétexte du péril islamiste.

De l’autre côté, il y a la forme essentiellement opportuniste de En Marche. Je dois avouer que, si je n’écoute jamais Marine Le Pen, je ressens une forme de malaise à écouter Emmanuel Macron. Ce qu’il dit est essentiellement creux et bien-pensant, mais il y a quelque chose de plus profond que je peinais à analyser jusqu’à ce qu’une amie me mette sur la voie. Pour la petite histoire, elle a d’abord été enthousiasmée par Emmanuel Macron au point s’apprêter à monter une antenne de En Marche dans sa commune puis, de retour de vacances lointaines, elle a ressenti elle aussi une forme de gêne qu’elle a analysé en décortiquant les images : Emmanuel Macron prêche la bonne parole, il fait de la politique sur le mode de la harangue religieuse.

Le véritable choix n’est donc pas entre le nazisme et la démocratie, mais entre un nationalisme ringard et une démocratie très indirecte dirigée par un gourou.

Imaginons maintenant l’après ; le troisième tour : les législatives.

Si Emmanuel Macron est élu, En Marche deviendra un attracteur massif pour tout ce qui compte de dynamisme et d’opportunisme chez les socialistes et les républicains. Siphonnés par ce trou noir, il ne restera dans ces deux partis que les ringards et les vieux… qui assureront l’intérim avant fermeture définitive. Nous serons donc passé d’un système où les deux « partis de gouvernement » étaient le Parti Socialiste et Les Républicains à un système d’opposition entre le Front National et En Marche ; ce dernier, le parti du président en exercice, étant alors composé d’un assemblage hétéroclite qui tiendrait principalement en place par l’exercice du pouvoir et l’opposition « antifasciste ». Pour résumer, le Front National serait en majesté (puisque la principale raison d’être de En Marche est de lutter contre le FN), et parfaitement positionné pour les échéances futures.

Si Marine Le Pen était élue, la position providentielle d’Emmanuel Macron disparaitrait. Le gourou n’étant pas élu, la glu qui réunit la troupe de ses adorateurs disparaitrait et chacun retournerait dans sa « famille politique » ; les législatives permettraient alors aux partis classiques de revenir dans le jeu et de se coaliser pour mettre le front national en minorité à l’Assemblé. Comme ils savent que c’est le seul scénario qui leur permettrait de survivre, j’imagine par ailleurs que beaucoup de ceux qui ont affiché en public leur volonté de « bien voter », ne mettront pas un bulletin Macron dans l’urne.

Quoi qu’il arrive, notre démocratie est très ancienne ; son caractère très indirect est hérité d’une époque où les communications se faisaient à cheval et où la plus grande partie de la population était illettrée ; le rôle dévolu à son président avait peut-être du sens au siècle dernier, il est intenable dans l’environnement complexe d’une société mondialisée maillée par Internet.

« Bien voter » parce qu’on se réveille une fois tous les cinq ans en réalisant que « ça risque de mal se passer » est à la fois facile et gratifiant… mais c’est une solution fausse.

Il est urgent de s’impliquer dans l’invention d’une nouvelle forme démocratique, par exemple en créant une « shadow gouvernance » qui oppose à chaque texte parlementaire celui d’un jury citoyen, par exemple en testant et validant à une échelle suffisante les outils de vote de la démocratie liquide, par exemple en évaluant le gain en « intelligence collective » de citoyens qui, en s’impliquant dans ce type de démarche de citoyenneté active, évolueront vers une logique de « faizeux » (terme emprunté à Alexandre Jardin).

Quoi qu’il arrive, aucun président, député ou maire n’aura plus jamais mon vote. Je suis parfaitement conscient que nous entrons dans la période des monstres, mais aussi que le bulletin de vote, en tant que participation affichée à un mode de gouvernement d’un autre temps, est le meilleur moyen de les faire naître.

I must create a system or be enslaved by another mans; I will not reason and compare: my business is to create – William Blake

S-1

Monday, April 17th, 2017

À une semaine des élections, il est de bon ton, puisque le Brexit n’a pas eu lieu et que Trump n’a pas été élu, de prétendre que Marine ne passera pas. Aux États-Unis, la méfiance est quand-même de mise, comme le prouve cette géniale émission Last Week Tonight avec John Oliver (@iamjohnoliver) (HBO)

Comme "ne pas prévoir c’est déjà gémir", il est assez édifiant de consulter le tableau réalisé par l’équipe de TTSO et titré "ne croyez rien" où ils calculent le ratio "score réalisé / moyenne des sondages" aux dernières présidentielles :

Feeling like an elephant on a trampoline

Saturday, April 8th, 2017

On Trump’s Mental State

Thursday, February 23rd, 2017


In a letter to the editor published on February 14, 2017 on the New York Times’ web site, an eminent psychiatrist demurs on Trump’s mental state:

Fevered media speculation about Donald Trump’s psychological motivations and psychiatric diagnosis has recently encouraged mental health professionals to disregard the usual ethical constraints against diagnosing public figures at a distance. They have sponsored several petitions and a Feb. 14 letter to The New York Times suggesting that Mr. Trump is incapable, on psychiatric grounds, of serving as president.

Most amateur diagnosticians have mislabeled President Trump with the diagnosis of narcissistic personality disorder. I wrote the criteria that define this disorder, and Mr. Trump doesn’t meet them. He may be a world-class narcissist, but this doesn’t make him mentally ill, because he does not suffer from the distress and impairment required to diagnose mental disorder.

Mr. Trump causes severe distress rather than experiencing it and has been richly rewarded, rather than punished, for his grandiosity, self-absorption and lack of empathy. It is a stigmatizing insult to the mentally ill (who are mostly well behaved and well meaning) to be lumped with Mr. Trump (who is neither).

Bad behavior is rarely a sign of mental illness, and the mentally ill behave badly only rarely. Psychiatric name-calling is a misguided way of countering Mr. Trump’s attack on democracy. He can, and should, be appropriately denounced for his ignorance, incompetence, impulsivity and pursuit of dictatorial powers.

His psychological motivations are too obvious to be interesting, and analyzing them will not halt his headlong power grab. The antidote to a dystopic Trumpean dark age is political, not psychological.

ALLEN FRANCES

Coronado, Calif.


The writer, professor emeritus of psychiatry and behavioral sciences at Duke University Medical College, was chairman of the task force that wrote the Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders IV (D.S.M.-IV).

Île vierge

Wednesday, February 22nd, 2017

Lie Lie Land

Friday, February 17th, 2017

Artist Bambi – Picture Kirsty Wigglesworth / AP

Fou de Bassan

Sunday, February 12th, 2017

Picture by Olivier Brunet

Flags, Countries & Stereotypes

Saturday, February 4th, 2017

Nice project by by Russian art director Kirill Zaytsev that smartly mixes country flags and stereotypes. Here are my favorites:

Isabella Mocks Donald

Saturday, February 4th, 2017

Surrounded by female colleagues, Sweden’s deputy prime minister Isabella Lövin signs a climate bill in a way that clearly mocks a well known picture where Donald Trump, with all-male colleagues around, signed a decree barring US federal funding for foreign NGOs that support abortion.

No need to say that neither Trump, nor his fans, will get the point. But the real issue is actually not there. Let’s hope that those who can smile at this picture can detect others with a similar inner joy and build together a genuine meshed society.

I wish Isabella smiled.

Hula Hoop

Wednesday, February 1st, 2017

Just discovered Julie Winegard… looks like this year, in spite of recent Trumpisms could be pretty poetic after all if they decide to make Hula hoop again.

America First

Sunday, January 29th, 2017

Welcome to Nobody Cares

Tuesday, December 20th, 2016

This image is a riff on Seth’s Godin’s first lesson of marketing in the Internet Age: "Nobody Cares About You".

i.e. Nobody is going to click on your link/download your app/buy your product/read your blog because you’re so utterly fascinating, Darling. They do it because there’s something in it for them- and no, you’re not the one who gets to decide what that something is.

But then again, that’s quite liberating. It frees you up to think about what what matters to other people, not what emotional bauble strokes your ego.

It makes it much easier to be engaged. Which, in the Holiday Season, is no bad thing.

Image and text by @gapingvoid

Voices from Trumpland: Have malice toward none, with charity for all

Sunday, December 4th, 2016

  1. Read and learn the Declaration of Independence, the Constitution, and the Bill of Rights. Know that our basic rights are inalienable.
  2. Identify and follow many credible sources of news. Be very well informed and learn to discern truth from untruth.
  3. Watch every word, decision and action of Trump and his administration extremely closely, like we have never done before in America.
  4. Be very vocal in every forum available to us when we observe Trump’s violations of our rights and our democracy. Write, speak, act.
  5. Support journalists, artists, academics, clergy and others who speak truth and who inform, inspire and unite us.
  6. Build bridges with Americans from the other side of the traditional political spectrum and with members of diverse American communities.
  7. Defend others who may be threatened by Trump even if they don’t look, think or believe like us. An attack on one is an attack on all.
  8. Organize online and in person with other Americans who understand the danger Trump poses and who are also willing to speak up.
  9. Hold members of Congress accountable for protecting our rights and democracy through elections and by making public demands of them now.
  10. And finally, in the words of Abraham Lincoln, have "malice toward none, with charity for all" and never ever lose hope!

Au large des Kerguelen

Thursday, December 1st, 2016

Superbe spectacle de deux Imoca à foils, Banque Populaire VIII (Armel Le Cléac’h) et Hugo Boss (Alex Thomson), lancés à plus de 20 nœuds en plein océan Indien et filmés depuis un hélicoptère de la Frégate Nivôse, dont la mission est d’assurer la souveraineté de l’état français au sein des TAAF (Terre Australe et Antarctiques Françaises).

Saisissant contraste entre un Armel Le Cléac’h toujours flegmatique et un Alex Thomson exhubérant, qui grimpe sur son cockpit pour aller débusquer l’Union Jack dont il a avoué qu’il rêve de le brandir en franchissant la ligne d’arrivée en vaiqueur.

Très intéressant également de voir la différence d’attitude des deux bateaux à une amure où le foil cassé d’Hugo Boss ne contribue pas à l’équilibre du bateau. Banque Populaire VIII navigue à plat sous grand-voile à un ris et J2 tandis Hugo Boss navigue plutôt gité sous deux ris, petit gennaker et trinquette.

On comprend mieux, sur ces images de mer formée, de temps gris et de vent fort le sentiment d’isolement des marins. Même Armel avouait lors d’une vacation "Il y a des moments où tout va bien à bord et d’autres où le moral est un petit peu plus bas, car il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. J’essaie de ne pas trop y penser, de prendre les choses au jour le jour. Il faut prendre son rythme et essayer de tenir mentalement et physiquement avec la fatigue, le froid, le décalage horaire aussi. La route est longue et on n’est pas à l’abri de problèmes.".

Quant à Alex Thomson, qui a affirmé avant le départ "J’aime le Vendée Globe et la mer, mais surtout si je marche bien. Sinon, c’est plus sûr et plus confortable de passer 80 jours en prison. Cette course, c’est une violation des droits de l’homme !", il avoue dans cette vidéo que, dans ces latitudes "you definitely feel isolated".

Il s’était d’ailleurs épanché lors d’une vacation avec la direction de course : "Ici c’est un autre monde. C’est dans ces environs en 2007 lors de la Barcelona World Race que j’ai appris que mon père avait fait un infarctus. Je n’oublierai jamais le sentiment d’avoir été complètement inutile et isolé, et il était même difficile de téléphoner. Je me méfie de cet endroit. Ce n’est pas que je me sens seul. Il y a des centaines de milliers de gens qui me suivent. Je suis à une vingtaine de milles d’Armel. Ce n’est pas la solitude. Je me sens isolé, et non pas seul."

[Ajout au 2/12/2016] Réaction de Tanguy de Lamotte pour Tip & Shaft :


On voit de manière flagrante la différence dans la manière dont les bateaux sont menés : Alex est sur le côté où il n’a pas son foil (tribord), il est à l’attaque avec un plan de voilure qui démontre qu’il charge pour compenser, à savoir un petit gennak avec un J3 et deux ris dans la grand-voile. Privé de son foil, il n’a pas autant de couple de redressement donc son plan de voilure est assez bas avec un max de bâche, alors qu’Armel a un centre de voilure plus élevé parce qu’il a de l’appui avec son foil. On le voit un moment sous code zéro, après sous J2, c’est beaucoup plus conservateur comme plan de voilure. Les deux ont des styles très différents : Armel est hyper patient, il tente d’y aller à l’usure, tandis qu’Alex est un impulsif qui essaie d’être à fond quitte à aller taper dans les coins. Je suis hyper admiratif de son Vendée Globe, beaucoup de gens sont souvent assez dubitatifs sur sa manière de faire, je trouve que là, il fait une sacrée belle démonstration, il me surprend de façon positive.

Autre belle rencontre faite par la Frégate Nivôse, celle de Sébastien Josse :

MacParis 2016

Sunday, November 27th, 2016

Quelques coups de cœurs glânés à MacParis 2016.

Les oiseaux de Fabienne Houzé-Ricard

Tout d’abord les superbes oiseaux de Fabienne Houzé-Ricard. Ce sont des grands formats, en acrylique sur toile, de 114cm sur 146cm.

La "texture" et la précision des toiles est remarquable. Ces oiseaux sont représentés de dos, sans pattes ni bec, et pourraient évoquer des animaux morts, mais l’artiste explique qu’il faut les comprendre comme des habits "grandeur nature" et se laisser simplement charmer par leur exhubérance.

Pour cette série, Fabienne Houzé-Ricard dit avoir été inspirée par le peintre Danois Vilhelm Hammershøï, et plus précisément par son tableau "le Repos"

Les portraits insolites de Laina Hadengue

Les toiles de Laina Hadengue (@HadengueLaina) parviennent à combiner la gravité du sujet avec une forme toute en subtilité de poésie et d’humour.

Si cette "Annonciation" est littéralement toute de grâce, il y a un aspect plus sombre dans "La question de l’humain".

Quant à la "Terre promise", elle puise son noir profond dans l’actualité.

Retour à plus de légèreté avec "L’air du temps".

L’hyperréalisme technique d’Agathe Verschaffel

Agathe Verschaffel est une charmante jeune calaisienne qui n’aime rien tant que d’aller photographier des machines et des usines puis de passer des centaines d’heures à les représenter à l’acrylique sur de grandes toiles. C’est très beau, et même assez imposant, comme cette série sur le laminoir de Dunkerque.

Un superbe travail également pour la série des grues.

Les monstres

Saturday, November 12th, 2016

Le Brexit et l’élection de Donald Trump partagent de nombreux points communs… et préfigurent probablement l’élection présidentielle de 2017 en France. Ceux qui, comme moi, sont abonnés à la lettre quotidienne Time To Sign Off (alias TTSO) ont pu lire, la veille de l’élection de Trump :


Clinton est donnée gagnante dans 93% des sondages. Trump n’est victorieux que dans 3%. C’est un peu moins favorable – mais comparable – aux chances que les bookmakers anglais accordaient au Brexit la veille du vote (15% en moyenne). Autre indice, sur les marchés financiers, l’indice de la peur (le ViX, qui mesure la volatilité des cours de bourse américains… et donc la nervosité des investisseurs), qui avait bondi de plus de 70% ces derniers jours où Trump remontait dans les sondages, est retombé à un niveau quasiment égal à celui qu’il avait juste avant le Brexit. Tout va bien se passer.


KAL for The Economist

Vérité contre récit

Comme après le Brexit, les discussions se polarisent sur la notion de « vérité », sur le fait que ceux qui racontent des histoires, et sont donc la cible des vérificateurs de vérité que sont principalement devenus les journalistes, parviendraient à subvertir des foules droguées aux médias sociaux (lire par exemple Médias : la faillite, et après ? de Jérôme Chapuis (@jchapuis) ou Le professeur d’histoire de Olivier Ertzscheid (@affordanceinfo)).

Comme l’écrit Jérôme Chapuis « les médias sont défiés dans leur fonction première : celle d’intermédiaire, de médiateur, de modérateur du débat public ». Cette introspection depuis « l’intérieur de la boîte » se traduit de façon plus violente à l’extérieur, par exemple, sous la plume de Nathan Jurgenson (@nathanjurgenson)


One general takeaway from the 2016 Election seems clear our popular media, from those producing it to those sorting it with editors and algorithms, are not up to the task of informing us and describing reality. This won’t happen, but those people who got Trump sooo consistently wrong from the primaries to Election Day should not have the job of informing us anymore. And if you were surprised last night, you might want to reconsider how you get information.

« Une des principales choses à retenir de l’élection de 2016 semble claire : nos médias populaires, de ceux qui produisent l’information à ceux qui la trient avec des éditeurs et des algorithmes ne sont pas à la hauteur de la tâche qui consiste à nous informer et à décrire la réalité. Ça ne se produira pas, mais ceux qui ont si mal évalué Trump des primaires à l’élection ne devraient plus être en charge de nous informer. Et si vous avez été surpris du résultat de la nuit dernière, vous devriez reconsidérer la façon dont vous vous informez. »

Les médias sont-ils réellement hors-jeu parce qu’ils s’accrochent à une forme de vérité que négligent désormais les (é)lecteurs ? C’est probablement à la fois plus compliqué et plus intéressant.

Comme l’écrit Philip Elliott (@Philip_Elliott) dans son article How Hillary Clinton Lost (Hillary Clinton built a machine. The nation wanted a movement) :


The eternal political reality remained, however: a machine can’t stop a movement, and America prefers a warrior over a wonk.

« La réalité politique éternelle reste qu’une machine ne peut stopper un mouvement et que l’Amérique préfère un guerrier à une première de la classe. »

Ce « mouvement » est superbement décortiqué par Vincent Glad (@vincentglad) « Plus encore que George W. Bush, Donald Trump a créé sa propre réalité. […] Plus il a été écrit que Trump avait tort, et plus il maintenait et amplifiait ses propos, plus s’est imposé aux yeux de ses électeurs la force émancipatrice de ce personnage. Les médias traditionnels n’avaient plus droit de cité dans ce nouveau régime de vérité. »

Ce qui est à l’œuvre est donc, en réalité, assez simple : Trump construit un récit qui emmène ses électeurs dans un monde nouveau et ils font naturellement peu de cas des vérités du monde qu’ils quittent. Pour paraphraser Saint-Exupéry, « Quand tu veux gagner une élection, ne commence pas par créer un programme qui tient la route, mais réveille au sein des hommes le désir d’une nation grande et large ».

D’ailleurs, tous ceux qui se piquent d’innover (le grand mot valise du moment), savent que tout commence par la construction d’un récit : puisque, par essence, ce que vous apportez n’existe pas dans le monde actuel (« dans la vraie vie » comme disent ceux qui ont solidement les pieds sur terre), vous devez raconter de façon plausible la beauté du monde nouveau où votre invention trouve sa place (ou, mieux, qu’elle rend possible). La maxime de Philip Elliott sur le guerrier et la première de la classe s’interprète assez bien avec les théories de Thomas Kuhn sur la notion de paradigme : les élites forgées par l’ancien paradigme (les meilleurs de la classe lorsqu’il s’agit de raisonner « dans la boîte ») deviennent pitoyables dans un univers de plus grande dimension (ce qui explique pourquoi les élites institutionnelles (lire l’École de guerre, l’Académie de médecine, etc) sont aussi efficaces pour bloquer les progrès radicaux).

Le clair-obscur des monstres

Tout cela est bel et bon, me direz-vous, mais comme l’écrit Catherine Boullay (@CBoullay) « Le vote Trump serait celui d’une Amérique qui veut que rien ne change. Qui veut de la tradition. »

Il y a, bien entendu, la magie politique, la capacité des plus vieux chevaux de retour à se peindre des couleurs du changement, la jouissance partagée d’un Tancrède de Lampedusa qui prêche « il faut que tout change pour que rien ne change » à ce chœur de Verdi qui chante « marchons, marchons » tout en restant parfaitement immobile. Mais il serait fâcheux d’en rester là.

Interrogé par Télérama, l’historien Romain Huret affirme « Ce qui frappe d’abord, c’est la crise de confiance des citoyens américains vis-à-vis des corps intermédiaires et des institutions de leur pays. Depuis une dizaine d’année, les institutions censées incarner cette confiance – le Congrès, la justice, l’éducation, la police -, qui forment le socle de la démocratie américaine, sont dans la tourmente, au niveau local comme national : la police est accusée d’abattre de jeunes Afro-Américains sans défense, les juges de rendre une justice de classe, l’école de reproduire les inégalités et le Congrès d’être une force de blocage plus que de progrès. » Indubitablement, cette « crise de la façon de faire société » n’est pas limitée aux Etats-Unis et l’ampleur de la remise en cause du « socle ancien de la démocratie » évoque fortement une forme d’enfermement dans un paradigme obsolète.

Dans son article de 1997 Complexity Rising From Human Beings to Human Civilization, a Complexity Profile, dont est tiré l’illustration ci-dessous, Yaneer Bar-Yam (@yaneerbaryam) prédit l’évolution des formes de société en fonction de la complexité des enjeux qu’elles ont à relever. On pourrait le commenter en disant que, dans une situation simple, les experts ont une vision convergente et que celui qui, du haut de la pyramide hiérarchique, voit remonter l’ensemble des avis, est le mieux à même de prendre des décisions éclairées. A contrario, les situations complexes sont caractérisées par l’incohérence de la juxtaposition des points de vue, et rend la position du « dirigeant », à la fois loin du terrain et condamné au strabisme, d’autant moins pertinente que la société « dirigée » devient complexe.

L’hypothèse que nous vivons dans une société post-industrielle – dont l’équilibre passe par l’établissement d’une « société maillée » – qui reste bloquée dans un mode de gouvernance hiérarchique me semble un bon modèle de réflexion sur la crise actuelle de nos démocraties occidentales. J’en ai déjà parlé, ainsi que de la sentence d’Antonio Gramsci « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »

Ceux pour qui ces modèles font sens comprendront que la seule façon efficace de lutter contre l’apparition, et la persistence, des monstres est de quitter au plus vite cette « zone de clair-obscur » en expérimentant au plus vite les outils de l’intelligence des foules (jurys citoyens, démocratie liquide, et bien d’autres choses qui restent à inventer).

Dans ce contexte, les journalistes, qui se contentent très généralement de classifier les monstres en fonction de leur distance aux bons usages du « vieux monde qui se meurt » sont d’une grande naïveté s’ils pensent faire œuvre utile. J’ai d’ailleurs poliment interpellé Jérôme Chapuis sur la façon dont il évoque Twitter dans son article.
Il peut paraitre anecdotique de pointer quelques mots au sein d’un article dont les interrogations sont globalement pertinentes… mais on peut logiquement supposer que tant que les journalistes, qui, par essence, alimentent les vecteurs descendants, ne comprendront pas les médias en réseau, ils auront également beaucoup de mal à accompagner le récit de la société maillée et se condamneront eux-mêmes à mourir avec le vieux monde.

Ring the bells that still can ring

Et si, a contrario, le journaliste comprenait que l’intelligence des foules désigne, en réalité, un réseau structuré par les facultés spécifique de chacun des individus qui le composent et non une masse ordinaire qui exhiberait de l’intelligence si on sait correctement la sonder ?
Car le passage à une société maillé est par essence transformatif : dans un mouvement récursif, elle fournit à chacun les conditions d’une individuation (au sens des Irremplaçables de Cynthia Fleury (@CynthiaFleury) en développant au mieux ses compétences propres au service du groupe) et s’enrichit en retour de la capacité de ses membres à élever leur niveau de conscience en cohérence avec les besoins globaux.

Alors faut-il comprendre la conclusion de Jérôme Chapuis comme le constat implicite du fait que le journaliste est déjà dans un niveau de conscience trop élevé pour trouver sa place dans le monde ancien… tout en se trouvant empêché, par un rôle limité à l’observation et au commentaire, d’envisager le monde qu’il faudrait faire naître ?


Alors dans la nouvelle agora décentralisée, le journalisme est-il condamné à la faillite ? Le métier n’a jamais été aussi délicat à pratiquer : métier de conscience dans un monde qui se robotise ; métier de raison dans un monde de passion ; métier d’authentification dans un monde où tout est relatif ; métier de rassemblement en des temps de dispersion ; métier de vérification dans un monde en excès de vitesse. Pour toutes ces raisons, et sûrement à contre-courant, j’ai la conviction qu’on n’a jamais eu autant besoin de journalistes.

Malheureusement, même si les journalistes endossaient enfin un rôle de facilitateur du passage vers un nouveau paradigme, 2017 sera une année difficile et frustrante en France puisque l’élection présidentielle – la désignation de celui qui occupera le sommet de la pyramide du pouvoir – représente la forme démocratique la plus incompatible de toutes avec la société maillée (raison pour laquelle il me paraît impossible de ne pas voter blanc en signe de « protestation active non participative »).

Les étasuniens, qui ont, d’une certaine façon, la « chance » d’avoir déjà identifié leur monstre, ont une occasion historique de créer une société maillée fantôme.
Cette hypothèse est d’ailleurs esquissée dans la dernière lettre hebdomadaire de Ann Friedman lorsqu’elle appelle à une évolution sociale parallèle :


Campaigns have endpoints. Social progress does not. Find a way to do what you can, with your own skills, in your own community, to make life better for people who are threatened by the outcome of this election.

Elle pointe, par ailleurs, sur le travail collaboratif "Oh Shit! What Should I Do Before January?".

Je laisserai, avec une réelle tristesse, les derniers mots à Léonard Cohen. Ils en disent plus, et mieux, que l’ensemble de ce billet :


Ring the bells that still can ring
Forget your perfect offering
There is a crack in everything
That’s how the light gets in.

En sachant que, si nous ne parvenons pas à laisser passer la lumière, il ne restera qu’à continuer à cocher des cases au sein du Pessimist’s Guide to the World de Bloomberg :-)

Flying Citroëns

Friday, September 23rd, 2016

The flying Citroëns by Swedish artist Jacob Munkhammar are a perfect example of retrofuturism. I really felt in love with this DS décapotable in the Tuileries gardens.

This flying Ami is poetically staged in a vintage flyer.

These flying DS will certainly find their owners pretty soon. Notice the picture on the wall… Jacob Munkhammar is a perfectionist!

Brexit

Monday, June 27th, 2016

A comic that pretty well sums up the way I feel about it.

Leaders in unfavorability

Thursday, June 23rd, 2016

The headlines make it clear Americans’ distaste for both Trump And Clinton is record-breaking and general election could be anti-Clintons vs. anti-Trumps.

As pointed by TTSO, there is currently a true singularity in unfavorability.

I foresee that the French election to come next year will offer even worse figures. It is high time our societies reinvent their democracies.



Picture by Jimmy Kastner

Patience & I Love Paris

Tuesday, June 14th, 2016

After over two years of shooting timelapse professionally, I decided it was time to create a video highlight my favourite work to-date. The variety from job to job still surprises me, everything from football matches to year long construction projects. This video showcases the results of many sleepless nights, hundreds of thousands of photos, and countless hours shooting. I couldn’t even begin to calculate how many hours of work there will be showcased in this piece, but I imagine it’s into the hundreds, if not thousands of hours.

Shooting timelapse requires a lot of patience and forward thinking. Some shots took multiple attempts to get the right light, others required whole days just to capture a few seconds of footage. There’s a careful balance of trying to predict the future, and just being determined enough to do everything it takes to get the shot.

For example, the milkyway shot at 1:23 was the result of a four day shoot chasing the milkway in Wales. I stayed up every night, driving around trying to find clear patches in the night sky.. But in four days all I managed to capture was a sequence of 50 images.

Footage was collected in various locations around the world, and was shot for a variety of clientele. As such some footage is signed into exclusivity agreements; however other footage is available for licensing.

To keep up to date with my latest work, you can find me on http://www.facebook.com/paulrichardso…
The rest of my portfolio can be found on my website, http://www.paulrichardson.net

For the gear-heads, I used a combination of Canon 6D, 7D and 5D3 cameras with a selection of L lenses. The motion control shots were all powered by an emotimo.

If you would like to get in touch, you can contact me at paul@agour.co.uk

The music is ‘All Or Nothing’ by Reaktor Productions.


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