Archive for the ‘Français’ Category

Prescrire et les vaccins

Thursday, September 7th, 2017

Très intéressante intervention de Bruno Toussaint, directeur de la rédaction de la revue indépendante Prescrire, aux Matins de France Culture (@Lesmatinsfcult) :


Les vaccins c’est très divers. Il y a des médicacaments très divers, il y a des médicaments qui sont des poisons comme le Mediator et des médicaments magnifiques comme l’insuline ou les antirétroviraux quand on a le sida.


Dans les vaccins, il y a des vaccins inefficaces, des vaccins dangereux, sans grand intéreêt, c’est à dire sans avoir une efficacité qui les contrebalance et puis il y a des vaccins très importants contre le tétanos, ou la dyphtérie ou la poliomyélite. Il faut faire attention, tous les vaccins ne se valent pas comme tous les médicaments ne se valent pas. Il faut, selon la situation de la personne, dans quel pays elle vit, à quoi elle est exposée ou à quoi elle sera exposée probablement quand il s’agit d’un enfant, etc, il y a plein de facteurs à prendre en compte, ça ne doit pas être automatique. Il y a très peu de choses dont l’intérêt est vraiment évident pour tout le monde. J’ai parlé du tétanos, c’est un exemple classique : c’est une maladie qui ne disparaitra pas, le bacille est dans la nature donc il faut s’immuniser, sinon il y a un risque mortel, très simplement. Et il y a des pays où il y a encore beaucoup de morts de tétanos.


Alors, pour ce qui est de l’obligation, nous à Prescrire on défend depuis longtemps que ce qui compte c’est d’être informé et de pouvoir choisir en connaissance de cause son traitement, ses vaccinations, etc. Donc, de ce point de vue là, la vaccination obligatoire, c’est dommage puisque ça utilise l’argument d’autorité et non pas le raisonnement et le choix éclairé, et ça, pour nous, c’est vraiment une régression.


[...]


Il y a dans l’histoire beaucoup d’exemples où les choix des autorités en matière de vaccins étaient très discutables et, finalement, pas bien fondés, ça n’incite pas à la confiance. Mais tant qu’on en reste à utiliser l’argument d’autorité plutôt que mettre en avant les explications, la pédagogie, l’information, la transparence, ça aura beaucoup de mal à progresser.

Levothyrox by @LehmannDrC

Wednesday, August 30th, 2017

Putain. Je le fais ce thread #Levothyrox basique, ou je laisse tomber parce que ca suffit comme ça? Tt le monde a compris c’kïspasse?

#Levothyrox . Le thread pour briller en société. C’est ici, et c’est gratuit. A la demande générale de cinq personnes

La thyroide est une petite glande située sur la face antérieure du cou. Une glande endocrine ( ca veut dire qu’elle secrete des hormones ds

Le sang, à la différence d’une glande exocrine qui secrete sur la peau: glande sudoripare qui secrete la sueur par exemple)

Ce qu’il faut bien piger c’est que la thyroide est un thermostat. Ouais, mec, un putain de thermostat.

Si elle s’emballe c’est l’hyperthyroidie, ton métabolisme accélere, t’es en mode hyper, Sonic sous acide: tu transpires, t’es tout fébrile,

T’as chaud, ton coeur bat vite, t’as tendance à la diarrhée, t’es facilement à cran, tu maigris. Tu te consumes, quoi.

Si ta thyroide ralentit, c’est l’hypothyroidie tu te mets en mode ralenti tu avances à la vitesse d’un personnage secondaire allant de

Kings Landing à Winterfell dans les premieres saisons de Game of Thrones. Et c’est Winter is coming: t’as froid, t’es ralenti, tu grossis,

T’es constipé, ton coeur bat lentement, t’es mou, tu peux te sentir tout triste, tout ratatiné.

La thyroide secrete des hormones thyroidiennes, donc, mais elle fait pas ca toute seule sans surveillance. Dans ton crâne derriere tes yeux

Au milieu il y a une petite glande appelée hypophyse qui gere ca en maitre d’orchestre,qui analyse combien il y a d’hormone thyroidienne

Dans le sang, et ds le cas où la production faiblit ( feignasses gauchistes de cellules thyroidiennes!!!) l’hypophyse secrete de la TSH

Hormone de Stimulation de la Thyroide, pour stimuler la thyroyde, justement. Donc si il y a suffisamment d’hormone thyroidienne la TSH va

Rester basse, s’il en manque, la TSH va s’elever parce que l’hypophyse va lancer un ultimatum à la thyroide: bouge toi le cul, connasse.

Il y a plein de situations dans lesquelles ont est amené à donner des hormones thyroidiennes de synthese, on appelle ca un traitement

Substitutif parce que le médicament se substitue à la thyroide. Ca peut être parce que la thyroide ne fonctionne pas, ou, la ruse!!!!, ca

Peut être pour la mettre en sommeil parce qu’elle déconne. En donnant de l’hormone médicamenteuse, on trompe l’hypophyse qui se dit: ouhlà

Vindiou y’a de l’hormone thyroidienne plus qu’il n’en faut, j’arrete immédiatement de stimuler la thyroide! La TSH est alors basse voire

Effondrée, parce que l’hypophyse, tant que le taux d’hormone thyroidienne médicamenteuse est éleve, va stopper la stimulation

Le probleme des hormones thyroidiennes de synthese c’est que la dose est parfois compliquée à déterminer, différente chez chaque patient

On arrive donc à la dose optimale par tatonnement. Et pour bien faire c’est un des rares médicaments où utiliser un générique peut poser

De gros problemes parce que ce qu’on appelle la biodisponibilité va varier d’une marque à l’autre. Peut etre que chez Mr Lambda, 125 mcg

De levothyroxine Dugland vont filer 120 mcg ds le sang, mais s’il change de pharmacie et fe génériue, peut etre que 125 mcg de

Levothyroxine Duschmoll vont seulement libérer 110 mcg d’hormone dans le sang. Et pour la levothyroxine ces variations apparemment minimes

Peuvent avoir de grosses conséquences tres mal vécues par les patients. Pourquoi? PARCE QUE C’EST UN THERMOSTAT, IDIOT!!!

Et que quand tu joues avec le thermostat ca fait yoyo et t’es vraiment mal. Donc les hormones thyroidiennes c’est un des rares médocs où on

Dit aux gens: une fois que vous avez teouvé la dose optimale de votre hormone thyroidienne évitez de changer de marque. Et on dose la TSH

Régulierement, et souvent, si tt va bien elle est tres basse, effondrée parfois, parce que l’hypophyse n’a aucune raison de stimuler

La thyroide. Ce qui s’est passé récemment, c’est que l’ANSM, l’agence du médicament, a demandé au laboratoire Merck qui commercialise

LEVOTHYROX de modifier un des excipients du comprimé, le lactose. Pourquoi? Parce qu’ils se sont apercus que d’un lot de médicament à

Un autre, ou bien dans la meme boite dans le temps, la biodisponibilité de l’hormone pouvait varier. Je m’explique: tu achetes ta boite de

90 cps pour trois mois. Au début chaque comprimé de 125 mcg te délivre à peu pres 125 mcg ds le sang mais avec le temps, le vieillissement

Des comprimés, peut etre que sur les 10 derniers comprimés tu n’as plus que 110 mcgs délivrés à chaque prise. Donc ce n’est pas un complot

Maléfique des reptiliens illuminati vaccinateurs du grand remplacement de Big Pharma, c’est une demande de l’agence du médicament ds le but

De garantir aux patients une meilleure qualité du produit. Tout ce qu’ils ont fait c’est changer un des composants neutres du comprimé

Le lactose, par le mannitol. Manque de pot, comme d’hab en France: aucune explication aux patients, une information technocratique aux

Docteurs, perdue dans la masse, pas très claire ( genre: on a changé un truc, vous ferez doser la TSH de vos patients ds 3 mois, ciao)

Donc ce qui s’est passé c’est que sur le très grand nombre de patients sous Levothyrox, certains ont ressenti des effets néfastes au

Changement de formule. ( Because c’est un thermostat, remember?) Et comme c’est un thermostat chacun peut avoir des troubles très différents

Et pas forcément tres spécifiques: je suis crevé. J’ai mal au bide. J’ai chaud. Je perds du poids. J’ai les jambes faibles, etc etc etc

Et on a maintenant, en l’absence de toute calamité infectieuse, en l’absence de tt risque majeur, l’ébauche d’une magnifique shitstorm.

Une information de médiocre qualité. Pas de prise de conscience en amont. Une modification de formule justifiée mais pas expliquée.

Des patients ( pas tous) qui découvrent soudain que leur sensation de malaise récent est peut etre liée à cette modification de formule et

Ont l’impression d’etre la derniere roue di carosse, surtout s’ils ont à un moment ou un autre eu pour toute réponse à leurs interrogations

Circulez y’a rien à voir c’est dans votre tete. Des soignants pas ou mal informés. Une agence qui n’imaginait pas les conséquences du

Changement de formule. Un labo qui dit: nous on a juste fait comme nous ont demandé les autorités, merde! Des journalistes dont bcp hélas

Ont la culture scientifique d’un conseiller de Donald Trump.Saupoudrez la dessus quelques assos de patients bien barrées sonnant le tocsin

Et balancant à la presse des trucs invraisemblables pas vérifiés, ce qui fait naitre la panique. On est pas bien, là, dans un énième foirage

De santé publique dont on aurait pu faire l’économie avec un peu de cette démocratie sanitaire dont on nous rebat les oreilles depuis des

Années mais qui sert essentiellement à filer des postes bien payés à des nuisibles bourrés de conflits d’intérêt mais ceci est une autre

Histoire. Donc pr résumer: c’est pas un complot juste de l’incompétence. Et le problème c’est que la thyroide c’est un putain de thermostat

C'est vrai, moi, juge, j'ai été désarmée face à un médecin

Friday, June 16th, 2017

C'est vrai, moi, juge, j'ai été désarmée face à un médecin

C’était il y a plusieurs années, j’étais juge d’instruction. J’avais instruit un dossier d’agressions sexuelles reprochées par des patientes à un médecin, depuis jugé et condamné. Je ne donnerai pas de détail sur le dossier.

Je peux juste dire que toutes ces femmes me décrivaient la même chose : leur état de sidération lorsque le médecin avait porté sur leur corps un regard lubrique, tenu des propos salaces, posé ses mains sur leurs seins ou leurs fesses.

Leur sortie du cabinet médical, éberluées, se demandant si elles avaient rêvé, si c’était seulement possible.

Leur rêcits à leur mère, leur sœur, leur copine, leur compagnon, se demandant si on allait les croire. (Celles qui étaient en couple m’ont dit à quel point le soutien leur homme avait été précieux, que c’était important qu’il les croie)

Leur plainte à la police, pour certaines tout de suite, pour d’autres après avoir beaucoup hésité, en espérant être crues. (Parmi elles, il y avait une avocate, qui avait beaucoup hésité, par peur du "qu’en dira t’on" au barreau, d’être mal vue par ses confrères)

Or, après avoir instruit ce dossier, j’ai consulté mon endocrinologue, conseillé par un ami de la famille, médecin aussi, j’avais confiance

Je l’avais consulté plusieurs fois, il me suivant bien. Un jour, il m’a fait un compliment sur mon visage. J’ai trouvé ça étrange, déplacé.

Je n’y ai pas fait trop attention. Il insistait bcp pour que je fasse des mammographies, mais pour moi, c’était à ma gynéco de les prescrire

Un jour, j’étais allongée sur la table d’examen, il m’a palpé la thyroïde. Normal, j’y allais pour ça, examen banal. Tout à coup, il me dit "je vais vous examiner les seins". J’étais surprise, il ne l’avait jamais fait, ni aucun endocrino avant. Il a prétexté que je n’avais pas fait de mammographie depuis longtemps, que c’était prudent. Et avant que j’aie pu dire quoi que ce soit, il avait mis les mains sous mon pull, sous mon soutien gorge, et faisait une palpation.

Je ne sais plus ce que j’ai pensé. Qu’il était médecin et qu’il savait ce qu’il faisait ? Que je pouvais faire confiance à l’ami d’un ami ?

Ca m’a troublée sur le moment, puis je n’y ai plus pensé. C’est 6 mois plus tard, lorsque je suis allée chez ma gynéco, qd elle m’a examinée que j’ai réalisé que l’ "examen" qu’il avait pratiqué, n’avait rien à voir avec le vrai examen des faits, qu’il s’était juste fait plaisir.

Bref, que c’était une agression sexuelle.

Je me suis sentie bête. Parce qu’ayant déjà eu un certains nombre d’examens gyneco, j’aurais du me rendre compte que c’était anormal.

Et pq juge, j’aurais du réaliser ce qui se passait. Eh bien non, et c’est ça l’état de sidération décrit par les victimes dans mon dossier

Il faudrait, en moins d’une minute (ça a été très bref), à réaliser ce qui se passe, à analyser, alors que l’on est face à un "sachant"

On est dans une sorte d’entre deux, de flottement, une partie de soi qui dit "qu’est ce qu’il est en train de faire ?" Et une autre qui dit "c’est un médecin, il sait ce qu’il fait". L’image qui me vient est celle d’un sarcophage dont on n’arrive pas à sortir

Puis c’est terminé, on se lève, un peu interoloquée, on va payer, on dit au revoir, peut être même "merci docteur", comme d’habitude.

Puis j’ai déménagé, je n’ai plus vu ce médecin. J’ai été suivie par un autre endocrino, qui ne m’a jamais fait de compliment déplacé, ne m’a jamais touché les seins, juste palpé la thyroïde, prescrit des prises de sang et mon traitement, comme les autres, comme avant. (Au passage j’ai appris que l’ancien endocrino ne m’avait pas si bien suivi que ça)

Et je n’ai plus pensé à cette histoire. Le déménagement, de gros soucis familiaux, un grave problème de santé, le travail très prenant.. etc

Et porter plainte, plusieurs mois après les faits, il nierait, dirait que c’était un geste professionnel, mal interprété… à quoi bon ?

Bref, une réaction courante de victime. Et je sais ce qu’est une procédure judiciaire, ce qu’elle impose aux victimes : expliquer, justifier, être confrontée. Je n’en n’avais pas envie. Ni surtout la force à ce moment là de ma vie.

J’ai pensé écrire à l’ordre des médecins local, mais j’avais constaté son inertie dans le dossier que j’avais instruit, c’était inutile.

Maintenant les faits sont prescrits, le médecin à la retraite. C’était désagréable, mais je ne me suis pas sentie très traumatisée.

Encore que … si je floode aujourd’hui … Ou est ce que j’ai banalisé, ayant déjà subi quelques tripotages dans le métro ?

Alors, qu’est ce que j’en tire comme leçon ?
Que je ne sais pas si j’ai bien fait de ne pas porter plainte.

Que les victimes d’agressions sexuelles ont du courage pour porter plainte. (Mais ça, je le savais déjà. Là, j’en ai pris la mesure).

Que c’est encore plus compliqué si c’est un professionnel, un "notable", si l’on est soit même supposée être "armée" par son statut.

Que oui, on peut mettre du temps à porter plainte. Qu’il faut parfois qu’il y en ait une qui montre la voie.

Que la question "mais pourquoi tu n’as pas réagi ?" ne peut recevoir aucune réponse.

Et voilà comment, même éduquée, juriste, professionnelle, plus toute jeune, on peut se sentir totalement désarmée. #Fin

S-1

Monday, April 17th, 2017

À une semaine des élections, il est de bon ton, puisque le Brexit n’a pas eu lieu et que Trump n’a pas été élu, de prétendre que Marine ne passera pas. Aux États-Unis, la méfiance est quand-même de mise, comme le prouve cette géniale émission Last Week Tonight avec John Oliver (@iamjohnoliver) (HBO)

Comme "ne pas prévoir c’est déjà gémir", il est assez édifiant de consulter le tableau réalisé par l’équipe de TTSO et titré "ne croyez rien" où ils calculent le ratio "score réalisé / moyenne des sondages" aux dernières présidentielles :

Les monstres

Saturday, November 12th, 2016

Le Brexit et l’élection de Donald Trump partagent de nombreux points communs… et préfigurent probablement l’élection présidentielle de 2017 en France. Ceux qui, comme moi, sont abonnés à la lettre quotidienne Time To Sign Off (alias TTSO) ont pu lire, la veille de l’élection de Trump :


Clinton est donnée gagnante dans 93% des sondages. Trump n’est victorieux que dans 3%. C’est un peu moins favorable – mais comparable – aux chances que les bookmakers anglais accordaient au Brexit la veille du vote (15% en moyenne). Autre indice, sur les marchés financiers, l’indice de la peur (le ViX, qui mesure la volatilité des cours de bourse américains… et donc la nervosité des investisseurs), qui avait bondi de plus de 70% ces derniers jours où Trump remontait dans les sondages, est retombé à un niveau quasiment égal à celui qu’il avait juste avant le Brexit. Tout va bien se passer.


KAL for The Economist

Vérité contre récit

Comme après le Brexit, les discussions se polarisent sur la notion de « vérité », sur le fait que ceux qui racontent des histoires, et sont donc la cible des vérificateurs de vérité que sont principalement devenus les journalistes, parviendraient à subvertir des foules droguées aux médias sociaux (lire par exemple Médias : la faillite, et après ? de Jérôme Chapuis (@jchapuis) ou Le professeur d’histoire de Olivier Ertzscheid (@affordanceinfo)).

Comme l’écrit Jérôme Chapuis « les médias sont défiés dans leur fonction première : celle d’intermédiaire, de médiateur, de modérateur du débat public ». Cette introspection depuis « l’intérieur de la boîte » se traduit de façon plus violente à l’extérieur, par exemple, sous la plume de Nathan Jurgenson (@nathanjurgenson)


One general takeaway from the 2016 Election seems clear our popular media, from those producing it to those sorting it with editors and algorithms, are not up to the task of informing us and describing reality. This won’t happen, but those people who got Trump sooo consistently wrong from the primaries to Election Day should not have the job of informing us anymore. And if you were surprised last night, you might want to reconsider how you get information.

« Une des principales choses à retenir de l’élection de 2016 semble claire : nos médias populaires, de ceux qui produisent l’information à ceux qui la trient avec des éditeurs et des algorithmes ne sont pas à la hauteur de la tâche qui consiste à nous informer et à décrire la réalité. Ça ne se produira pas, mais ceux qui ont si mal évalué Trump des primaires à l’élection ne devraient plus être en charge de nous informer. Et si vous avez été surpris du résultat de la nuit dernière, vous devriez reconsidérer la façon dont vous vous informez. »

Les médias sont-ils réellement hors-jeu parce qu’ils s’accrochent à une forme de vérité que négligent désormais les (é)lecteurs ? C’est probablement à la fois plus compliqué et plus intéressant.

Comme l’écrit Philip Elliott (@Philip_Elliott) dans son article How Hillary Clinton Lost (Hillary Clinton built a machine. The nation wanted a movement) :


The eternal political reality remained, however: a machine can’t stop a movement, and America prefers a warrior over a wonk.

« La réalité politique éternelle reste qu’une machine ne peut stopper un mouvement et que l’Amérique préfère un guerrier à une première de la classe. »

Ce « mouvement » est superbement décortiqué par Vincent Glad (@vincentglad) « Plus encore que George W. Bush, Donald Trump a créé sa propre réalité. […] Plus il a été écrit que Trump avait tort, et plus il maintenait et amplifiait ses propos, plus s’est imposé aux yeux de ses électeurs la force émancipatrice de ce personnage. Les médias traditionnels n’avaient plus droit de cité dans ce nouveau régime de vérité. »

Ce qui est à l’œuvre est donc, en réalité, assez simple : Trump construit un récit qui emmène ses électeurs dans un monde nouveau et ils font naturellement peu de cas des vérités du monde qu’ils quittent. Pour paraphraser Saint-Exupéry, « Quand tu veux gagner une élection, ne commence pas par créer un programme qui tient la route, mais réveille au sein des hommes le désir d’une nation grande et large ».

D’ailleurs, tous ceux qui se piquent d’innover (le grand mot valise du moment), savent que tout commence par la construction d’un récit : puisque, par essence, ce que vous apportez n’existe pas dans le monde actuel (« dans la vraie vie » comme disent ceux qui ont solidement les pieds sur terre), vous devez raconter de façon plausible la beauté du monde nouveau où votre invention trouve sa place (ou, mieux, qu’elle rend possible). La maxime de Philip Elliott sur le guerrier et la première de la classe s’interprète assez bien avec les théories de Thomas Kuhn sur la notion de paradigme : les élites forgées par l’ancien paradigme (les meilleurs de la classe lorsqu’il s’agit de raisonner « dans la boîte ») deviennent pitoyables dans un univers de plus grande dimension (ce qui explique pourquoi les élites institutionnelles (lire l’École de guerre, l’Académie de médecine, etc) sont aussi efficaces pour bloquer les progrès radicaux).

Le clair-obscur des monstres

Tout cela est bel et bon, me direz-vous, mais comme l’écrit Catherine Boullay (@CBoullay) « Le vote Trump serait celui d’une Amérique qui veut que rien ne change. Qui veut de la tradition. »

Il y a, bien entendu, la magie politique, la capacité des plus vieux chevaux de retour à se peindre des couleurs du changement, la jouissance partagée d’un Tancrède de Lampedusa qui prêche « il faut que tout change pour que rien ne change » à ce chœur de Verdi qui chante « marchons, marchons » tout en restant parfaitement immobile. Mais il serait fâcheux d’en rester là.

Interrogé par Télérama, l’historien Romain Huret affirme « Ce qui frappe d’abord, c’est la crise de confiance des citoyens américains vis-à-vis des corps intermédiaires et des institutions de leur pays. Depuis une dizaine d’année, les institutions censées incarner cette confiance – le Congrès, la justice, l’éducation, la police -, qui forment le socle de la démocratie américaine, sont dans la tourmente, au niveau local comme national : la police est accusée d’abattre de jeunes Afro-Américains sans défense, les juges de rendre une justice de classe, l’école de reproduire les inégalités et le Congrès d’être une force de blocage plus que de progrès. » Indubitablement, cette « crise de la façon de faire société » n’est pas limitée aux Etats-Unis et l’ampleur de la remise en cause du « socle ancien de la démocratie » évoque fortement une forme d’enfermement dans un paradigme obsolète.

Dans son article de 1997 Complexity Rising From Human Beings to Human Civilization, a Complexity Profile, dont est tiré l’illustration ci-dessous, Yaneer Bar-Yam (@yaneerbaryam) prédit l’évolution des formes de société en fonction de la complexité des enjeux qu’elles ont à relever. On pourrait le commenter en disant que, dans une situation simple, les experts ont une vision convergente et que celui qui, du haut de la pyramide hiérarchique, voit remonter l’ensemble des avis, est le mieux à même de prendre des décisions éclairées. A contrario, les situations complexes sont caractérisées par l’incohérence de la juxtaposition des points de vue, et rend la position du « dirigeant », à la fois loin du terrain et condamné au strabisme, d’autant moins pertinente que la société « dirigée » devient complexe.

L’hypothèse que nous vivons dans une société post-industrielle – dont l’équilibre passe par l’établissement d’une « société maillée » – qui reste bloquée dans un mode de gouvernance hiérarchique me semble un bon modèle de réflexion sur la crise actuelle de nos démocraties occidentales. J’en ai déjà parlé, ainsi que de la sentence d’Antonio Gramsci « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »

Ceux pour qui ces modèles font sens comprendront que la seule façon efficace de lutter contre l’apparition, et la persistence, des monstres est de quitter au plus vite cette « zone de clair-obscur » en expérimentant au plus vite les outils de l’intelligence des foules (jurys citoyens, démocratie liquide, et bien d’autres choses qui restent à inventer).

Dans ce contexte, les journalistes, qui se contentent très généralement de classifier les monstres en fonction de leur distance aux bons usages du « vieux monde qui se meurt » sont d’une grande naïveté s’ils pensent faire œuvre utile. J’ai d’ailleurs poliment interpellé Jérôme Chapuis sur la façon dont il évoque Twitter dans son article.
Il peut paraitre anecdotique de pointer quelques mots au sein d’un article dont les interrogations sont globalement pertinentes… mais on peut logiquement supposer que tant que les journalistes, qui, par essence, alimentent les vecteurs descendants, ne comprendront pas les médias en réseau, ils auront également beaucoup de mal à accompagner le récit de la société maillée et se condamneront eux-mêmes à mourir avec le vieux monde.

Ring the bells that still can ring

Et si, a contrario, le journaliste comprenait que l’intelligence des foules désigne, en réalité, un réseau structuré par les facultés spécifique de chacun des individus qui le composent et non une masse ordinaire qui exhiberait de l’intelligence si on sait correctement la sonder ?
Car le passage à une société maillé est par essence transformatif : dans un mouvement récursif, elle fournit à chacun les conditions d’une individuation (au sens des Irremplaçables de Cynthia Fleury (@CynthiaFleury) en développant au mieux ses compétences propres au service du groupe) et s’enrichit en retour de la capacité de ses membres à élever leur niveau de conscience en cohérence avec les besoins globaux.

Alors faut-il comprendre la conclusion de Jérôme Chapuis comme le constat implicite du fait que le journaliste est déjà dans un niveau de conscience trop élevé pour trouver sa place dans le monde ancien… tout en se trouvant empêché, par un rôle limité à l’observation et au commentaire, d’envisager le monde qu’il faudrait faire naître ?


Alors dans la nouvelle agora décentralisée, le journalisme est-il condamné à la faillite ? Le métier n’a jamais été aussi délicat à pratiquer : métier de conscience dans un monde qui se robotise ; métier de raison dans un monde de passion ; métier d’authentification dans un monde où tout est relatif ; métier de rassemblement en des temps de dispersion ; métier de vérification dans un monde en excès de vitesse. Pour toutes ces raisons, et sûrement à contre-courant, j’ai la conviction qu’on n’a jamais eu autant besoin de journalistes.

Malheureusement, même si les journalistes endossaient enfin un rôle de facilitateur du passage vers un nouveau paradigme, 2017 sera une année difficile et frustrante en France puisque l’élection présidentielle – la désignation de celui qui occupera le sommet de la pyramide du pouvoir – représente la forme démocratique la plus incompatible de toutes avec la société maillée (raison pour laquelle il me paraît impossible de ne pas voter blanc en signe de « protestation active non participative »).

Les étasuniens, qui ont, d’une certaine façon, la « chance » d’avoir déjà identifié leur monstre, ont une occasion historique de créer une société maillée fantôme.
Cette hypothèse est d’ailleurs esquissée dans la dernière lettre hebdomadaire de Ann Friedman lorsqu’elle appelle à une évolution sociale parallèle :


Campaigns have endpoints. Social progress does not. Find a way to do what you can, with your own skills, in your own community, to make life better for people who are threatened by the outcome of this election.

Elle pointe, par ailleurs, sur le travail collaboratif "Oh Shit! What Should I Do Before January?".

Je laisserai, avec une réelle tristesse, les derniers mots à Léonard Cohen. Ils en disent plus, et mieux, que l’ensemble de ce billet :


Ring the bells that still can ring
Forget your perfect offering
There is a crack in everything
That’s how the light gets in.

En sachant que, si nous ne parvenons pas à laisser passer la lumière, il ne restera qu’à continuer à cocher des cases au sein du Pessimist’s Guide to the World de Bloomberg :-)

Steve Jobs on French TV circa 1984

Saturday, May 7th, 2016

Terrible felling to discover that what he said more than thirty years ago remains mainly unknown – or at least misunderstood – by most people in charge here.

Fin des Guidelines

Friday, May 6th, 2016

Marc Jamoulle (@jamoulle) a fait une superbe réponse sur la liste de diffusion du CISP Club après que j’y avais attiré l’attention sur la vidéo "End of Guidelines – a parody of End of the Line". Je ne résiste pas à publier ici le travail de James McCormack (@medmyths) et le texte de Marc.


Bonjour


Je pense que vous n’avez pas pris la mesure de l’importance de la vidéo lancée par Mc Cormack et ses amis.


Ces gens la ne sont pas des rigolos; ce sont le plus souvent des grands auteurs, certains épidemiologistes cliniques, d’autres journalistes médicaux de talent auteurs de livres à succes, d’autres médecins de famille. Ce sont tous des champions de l’EBM. Il suffit de googler leur nom pour comprendre qu’ils savent de quoi ils parlent.


Ils sont aussi tous anglosaxons soit le monde US+UK+CAN+AUST dans les quels les assurances ne rigolent pas avec les applications EBM.


Ici en Belgique ou en France si vous ne respectez pas une guideline, personne ne va venir vous cherchez des pous.


Ce n’est pas forcément le cas pour les auteurs de la vidéo et par exemple Iona Heath ex présidente des MG UK sait que ne pas respecter une guideline, c’est s’attirer les foudres du NHS.


Nos collègues utilisent une video comique pour denoncer des situations absurdes et déclarer, ce à quoi nous devrions réfléchir intensément, que c’est le patient qui est au centre du jeu, que c’est pour lui qu’on fait la médecine et que c’est à lui, en connaissance et conscience, qu’il revient de décider. Vous voyez là l’influence du concept Shared Decision Making si bien défendu par Legare ou par Dee Mangin.


Ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas ici de l’establiment médical mais de dissidents, qui lancent un cri d’alarme, cri très entendu dans toute l’Amérique latine si j’en crois les réactions sur les listes P4

Sorbet à l’anis vert

Tuesday, April 26th, 2016

Pour 6 personnes – préparation 10 mn – infusion 50 mn

3 cuillerées à café de graines d’anis vert
75 cl d’eau
10 cl de pastis
1 jus de citron
350 g de Confisuc

Dans une casserole, portez l’eau à ébullition avec l’anis et Confisuc. Coupez le feu. Couvrez la casserole et laissez infuser 50 mn. Filtrez au chinois. Ajoutez le jus de citron et le pastis. Remuez et tournez en sorbetière.

Un sorbet délicat qui peut se servir aussi bien en dessert qu’en apéritif.


Tiré du "Livre des sorbets, glaces et granités" distribué par la Générale sucrière à la fin des années 80… en espérant que le Confisuc existe encore ;-)

Ingénieures

Tuesday, April 26th, 2016

Les Echos annoncent "Deux fois plus d’étudiantes ingénieures en 15 ans"… avec une illustration choc !

On ne retrouve pas tout à fait les mêmes chiffres dans le rapport de la CDEFI (Conférence des Directeurs des Écoles Françaises d’Ingénieur(e)s), mais la tendance est nette : la profession se féminise et c’est une excellente nouvelle pour la diversité, donc la qualité de la force vive de l’innovation.

Sorbet au Champagne

Tuesday, April 19th, 2016

Pour 4 personnes – préparation 10 mn

1/2 bouteille de champagne brut
20 cl d’eau
1 jus de citron
200 g de Confisuc

Avec l’eau, Confisuc et le jus de citron, préparez un sirop en chauffant pendant 5mn. Ajoutez le champagne. Laissez refroidir et tournez en sorbetière.

Ce sorbet est considéré par les gastronomes comme le plus raffiné et le plus élégant de tous. Il viendra s’intercaler majestueusement entre un poisson et une viande au cours d’un repas de fête.

À noter que si le sorbet au Champagne est destiné à être dégusté au dessert, vous pouvez augmenter de 100 g la quantité de Confisuc.


Tiré du "Livre des sorbets, glaces et granités" distribué par la Générale sucrière à la fin des années 80… en espérant que le Confisuc existe encore ;-)

Société maillée et fantômes liquides

Tuesday, April 12th, 2016

Mon ami Hervé est passé me rendre visite à l’improviste ; nous avons évoqué nos vieux démons et nos nouvelles passions autour d’un café, tout en dégustant les macarons qu’il avait apportés. La conversation a lentement dérivé des objets connectés, au contrôle grandissant des individus pour s’achever sur la politique… et le choix, de moins en moins improbable à mesure que la haine des politiciens grandit, d’une présidence Front National comme choix de rupture radicale « susceptible de créer un terrain favorable à un système neuf dans cinq ans ». Une forme d’écobuage incontrôlable.

Le vieux monde se meurt

Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. Antonio Gramsci

Je ne crois pas à cette hypothèse, car rien ne permet de penser qu’on contrôlera ce feu, et surtout qu’on pourra profiter de cette mise en cendres pour préparer les futurs semis avec la clarté d’esprit nécessaire aux grandes ruptures. Le diable ne rentre pas si facilement dans sa boîte… et quand je parle du diable, je ne parle pas que de Marine, mais bien des délires manichéens qui substitueraient opportunément une confrontation républicains contre frontistes à l’actuelle opposition droite-gauche usée jusqu’à la corde.

Faire apparaître un « nouveau monde » est possible ; les maux sont analysables, les solutions sont à notre portée pour peu que nous croyons plus en nous qu’en eux.

La première constatation que nous pouvons faire, c’est que notre monde est de plus en plus complexe.

Dans un monde simple, la multiplication des expertises permet d’affiner la compréhension, à la façon dont la diversité des angles de prise de vue fait converger la compréhension de l’objet photographié. Il est ainsi naturel que celui qui, du haut de la pyramide, est au point de concours des canaux d’information, soit le mieux placé pour décider pour la multitude.

Dans un monde complexe, au contraire, chaque expert apporte une contribution antagoniste, à la façon dont, confronté à la dualité onde-corpuscule de la lumière, se constituerait une opposition irréconciliable de tenants de l’interférence et de défenseurs des photons. Le « haut de la pyramide », est alors doublement disqualifié comme lieu où se prennent les décisions car il reste le point le plus éloigné de la base, de la « vie civile », tout en se voyant transformé en « lieu de convergence des divergences » par la mécanique décisionnelle héritée d’époques plus simples. Trancher devient un jeu de hasard et la politique l’art de nier les échecs en tentant de démontrer qu’un pire était possible et que l’avoir évité est déjà une réussite.

Ne pas reconnaitre ses échecs est le plus sûr moyen de ne pas apprendre… et de se condamner à reproduire les mêmes erreurs. Ce n’est pas la moindre des malédictions auxquelles nous condamnent des politiciens qui restent enfermés dans une logique de pouvoir d’une autre époque.

L’autre constatation est que notre forme de démocratie actuelle a de sérieux problèmes d’échelle. Les sujets réellement préoccupants devraient être réglés à l’échelle européenne ou mondiale, typiquement le dérèglement climatique, mais nous ne pouvons que constater qu’il n’existe pas d’exécutif européen et que nous n’aurons jamais de « président du Monde » capable d’imposer « du haut » des « décisions courageuses ».

Il n’est pas interdit de supposer que la complexité a joué depuis longtemps un rôle dans la composition des régions administrables de façon hiérarchique pyramidale, par exemple par un mécanisme d’autonomisation des marges, des lieux où un surcroît d’éloignement du sommet décisionnel en rendait les édits insupportables. La crise politique du moment n’est peut-être, dans le cadre de la mondialisation des échanges, qu’une soudaine généralisation d’un phénomène autrefois plus local, mais qui rend désormais obsolètes les démocraties trop fortement indirectes.

On peut à juste titre s’inquiéter d’être gouverné par des institutions en obsolescence rapide, d’autant plus que, comme nous le voyons avec l’actuel « état d’urgence » justifié par une « situation de guerre », un pouvoir désorienté sera toujours tenté de conserver son statut par la peur. Si rien ne change radicalement, la confrontation droite-gauche risque d’avoir bientôt le relent aigre d’une opposition Bradbury-Huxley.

Apprivoiser la complexité

I would rather have questions that can’t be answered than answers that can’t be questioned. Richard Feynman

Pourtant, cette complexité qui rebat nos cartes politiques est un phénomène tout à fait naturel, qui naît de l’augmentation des interactions et des échanges au sein de la société. Et la façon de s’en accommoder est tout aussi naturelle : il faut intégrer la discussion politique à la richesse des échanges. En résumé, passer d’une démarche hiérarchique où une élite gouverne une foule par essence indisciplinée à un pilotage en réseau qui rend la foule intelligente.

Utopie, crieront les adeptes de l’ancien mode. Si les gens n’étaient pas trop bêtes pour se gérer eux-mêmes, ça se saurait !

C’est assez vrai… mais en réalité je ne parle pas des mêmes gens, car quand les bouleversements du niveau de conscience créent un avant et un après, ils transforment également les individus.

Les grandes découvertes et les guerres ont façonné notre pensée actuelle. Il suffit de relire « Tintin au Congo » ou de revoir ces films d’Audiard où des coloniaux parlent du « bon vieux temps » pour mesurer la distance qui nous sépare déjà de ce niveau de conscience. Ces œuvres pourtant contemporaines utilisent un vocabulaire aujourd’hui choquant (et même à l’occasion pénalement répréhensible) pour mettre en scène des relations aux femmes et aux indigènes tellement caricaturales qu’elles seraient bien difficile à expliquer à des enfants nés avec le millénaire.

Abandonner l’illusion de l’inéluctabilité d’un pilotage hiérarchique transformera considérablement la façon de faire société, donc de se comporter en société.

Pour écrire « Reinventing Organizations », Frédéric Laloux a étudié des entreprises très diverses qui ont en commun d’avoir remplacé l’habituel pilotage hiérarchique par une organisation souple constituée d’équipes très fortement autonomes. Sa découverte la plus passionnante concerne la façon dont cette autonomie (les équipes sont responsables de leurs objectifs, généralement de leur budget, souvent de leurs embauches) permet aux individus d’évoluer individuellement, de trouver leur place optimale, voire même de la créer, et, ce faisant, de faire progresser le groupe.

Le critère majeur de réussite d’une société en réseau est de permettre aux citoyens qui en constituent le tissu de sortir de la « case » dans laquelle les inscrit mécaniquement toute hiérarchie pyramidale, de leur ouvrir un biotope au sein duquel ils peuvent grandir. Cette synergie entre des individus puissants et une société en réseau constitue la trame du récent ouvrage de Cynthia Fleury, « Les irremplaçables ». Elle y montre comment, une fois détaché des divertissements du « panem et circenses », chacun peut accéder à l’individuation, et, à l’image de ce que Frédéric Laloux a vu en entreprise, trouver sa véritable place dans la société ou la créer si elle n’existait pas.

L’intelligence des foules repose donc avant tout sur la capacité de chaque membre de la société, et ainsi de la société toute entière, à atteindre un nouveau stade de conscience. Il est évident que l’internet sera à la fois le système nerveux de l’état final et l’effecteur de son amorce initiale… mais il doit lui-même être transformé et fournir de nouveaux outils.

Les outils

Les outils de l’intelligence des foules restent largement à inventer. L’internet tel que nous le connaissons est d’ailleurs un lieu paradoxal à cet égard puisqu’il constitue un vecteur de surveillance massive par les services de renseignements et voit ses moyens d’information chaque jour plus privatisés par les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), des oligopoles qui font florès en nous éclairant « juste assez », tout en nous gardant soigneusement captifs. En inventant les outils de la « société maillée », il faudra également rendre à l’internet ses lettres de noblesses de réseau libre et ouvert.

Deux outils me paraissent suffire pour expérimenter la société maillée avec un niveau d’ambition suffisant : le comité de proposition et le système de vote de démocratie liquide.

Nous sommes, je le pense, par essence indécis sur les sujets principaux de société. Typiquement, faut-il stopper les centrales nucléaires, s’intéresser aux huiles de schistes, réformer le code du travail ? Puisque ce sont des sujets complexes, les experts sont divisés, donc générateur d’une cacophonie peu éclairante. Puisque ce sont des sujets sensibles, l’exécutif ne laisse filtrer que les informations qui justifient à l’avance la décision qui sera imposée d’en haut.
La piste qui me semble la plus prometteuse pour sortir de ce type d’impasse est celle du comité de proposition : pour chaque décision de ce type, un groupe restreint et efficace (une « équipe projet ») est tirée au sort à la façon d’un jury d’assise, avec comme seule contrainte celle de maximiser son intelligence collective ; ce groupe instruit le dossier de façon interactive et transparente, avec les moyens suffisants (tant financiers que comminatoires) pour convoquer qui bon lui semble et se déplacer où bon lui semble. Elle produit alors une proposition étayée qui est soumise au vote du reste de la société.

On peut logiquement s’attendre à ce que le comité de proposition élabore un texte compréhensible par chacun et permette l’exercice de la démocratie directe où chaque citoyen vote. On peut cependant raisonnablement penser qu’une partie d’entre eux estimera ne pas se sentir capable de voter, faute d’avoir un intérêt suffisant pour le sujet ou d’avoir pris le temps d’étudier le contexte. Grâce à un système de vote dit de « démocratie liquide », ils pourront alors désigner ponctuellement la personne à qui ils font confiance pour voter à leur place.

Pour une société maillée fantôme

L’intelligence collective produit des citoyens éclairés qui augmentent l’intelligence de la société maillée dans un cercle vertueux qu’il faudrait amorcer au plus vite. Il ne serait pas très compliqué de créer un outil de comité de proposition, à la façon dont Wikipédia permet à une communauté d’affiner une entrée de dictionnaire. Des outils de démocratie liquide existent également, même s’ils n’ont pas encore toutes les qualités, tant en dimensionnement qu’en garanties de fonctionnement, du système cible. Il serait, en tout cas, passionnant de créer des prototypes qui permettent de « jouer des scénarios » sur des enjeux réels de sociétés, par exemple les lois en cours de discussion et de permettre à chacun de comparer la qualité de cette « shadow democracy » avec les pénibles productions du système en place.

Sydney Hobart 2015

Saturday, January 30th, 2016

Retour en images sur la 71e édition de Sydney Hobart, gagnée en temps réel par le maxi Comanche (plan VPLP Verdier) et en temps compensé par le TP 52 Balance devant le français Courrier du Léon.

Superbe résumé d’une course particulièrement éprouvante, débutée dans le gros temps et terminée dans la pétole.

L’Hermione à la pointe du raz

Monday, January 18th, 2016

Photographie de Ronan Follic

Ça foil en Bretagne !

Wednesday, December 23rd, 2015

ça foil en Bretagne ! from BDI on Vimeo.

Pavoiser

Saturday, November 28th, 2015

Photo REUTERS – Jean-Paul Pelissier

IBM Watson : Comment l’informatique cognitive va changer notre vie quotidienne

Thursday, September 24th, 2015

Conférence de Jérôme Pesenti, vice-président Core Technology chez IBM Watson, le 23 septembre à Télécom ParisTech.

Evolution and the Selfie Stick

Thursday, August 27th, 2015

Before and now

Evolution stops

Le mur

Thursday, August 6th, 2015

C’est un mur de ronces de dix mètres de long et de près de trois mètre de haut. Un entrelacs d’épines, un univers impénétrable et intimidant.

Je l’ai attaqué comme un Mikado géant, sécurisant initialement un couloir d’accès aux racines, puis progressant latéralement. On ne sort jamais complètement indemne d’une telle confrontation ; les épines traversent les gants les plus épais et il y toujours une liane plus retorse pour vous cingler le visage lorsqu’on dégage sa voisine.

Léo a 9 ans. Il commence par taper sur le mur à grands coups de râteau, « pour tout dégommer » puis, constatant le peu d’efficacité de cette débauche d’énergie frontale, il décide de tirer les ronces pour en faciliter le dégagement. Enfin, au moment où je fais une pause, il enfile les gants de travail, se saisit de la cisaille et s’immerge dans la masse végétale pour accéder aux racines.

Il a compris étape par étape comment gérer un système complexe ; le mur est condamné.

L’Homme augmenté – Notre Humanité en quête de sens

Monday, July 27th, 2015

Le septième cahier de veille de la Fondation Télécom a pour objectif de faire le point sur la thématique de l’homme augmenté et les travaux de recherche qui y sont associés.

Une archive est disponible en cliquant sur l’image.

L’Hermione sur le chemin du retour

Monday, July 20th, 2015

L’Hermione a quitté dimanche Lunenburg, au Canada, sa dernière étape sur la côte est du continent américain.

Cap au nord est, avec une première escale française à Saint-Pierre-et-Miquelon…

… puis route directe sur Brest, où elle doit arriver le 10 août et rester amarrée sur le quai Malbert du 11 au 16 août.

Ensuite Bordeaux, puis retour à Rochefort, son port d’attache, le 29 août.


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