Archive for the ‘Français’ Category

S-1

Monday, April 17th, 2017

À une semaine des élections, il est de bon ton, puisque le Brexit n’a pas eu lieu et que Trump n’a pas été élu, de prétendre que Marine ne passera pas. Aux États-Unis, la méfiance est quand-même de mise, comme le prouve cette géniale émission Last Week Tonight avec John Oliver (@iamjohnoliver) (HBO)

Comme "ne pas prévoir c’est déjà gémir", il est assez édifiant de consulter le tableau réalisé par l’équipe de TTSO et titré "ne croyez rien" où ils calculent le ratio "score réalisé / moyenne des sondages" aux dernières présidentielles :

Les monstres

Saturday, November 12th, 2016

Le Brexit et l’élection de Donald Trump partagent de nombreux points communs… et préfigurent probablement l’élection présidentielle de 2017 en France. Ceux qui, comme moi, sont abonnés à la lettre quotidienne Time To Sign Off (alias TTSO) ont pu lire, la veille de l’élection de Trump :


Clinton est donnée gagnante dans 93% des sondages. Trump n’est victorieux que dans 3%. C’est un peu moins favorable – mais comparable – aux chances que les bookmakers anglais accordaient au Brexit la veille du vote (15% en moyenne). Autre indice, sur les marchés financiers, l’indice de la peur (le ViX, qui mesure la volatilité des cours de bourse américains… et donc la nervosité des investisseurs), qui avait bondi de plus de 70% ces derniers jours où Trump remontait dans les sondages, est retombé à un niveau quasiment égal à celui qu’il avait juste avant le Brexit. Tout va bien se passer.


KAL for The Economist

Vérité contre récit

Comme après le Brexit, les discussions se polarisent sur la notion de « vérité », sur le fait que ceux qui racontent des histoires, et sont donc la cible des vérificateurs de vérité que sont principalement devenus les journalistes, parviendraient à subvertir des foules droguées aux médias sociaux (lire par exemple Médias : la faillite, et après ? de Jérôme Chapuis (@jchapuis) ou Le professeur d’histoire de Olivier Ertzscheid (@affordanceinfo)).

Comme l’écrit Jérôme Chapuis « les médias sont défiés dans leur fonction première : celle d’intermédiaire, de médiateur, de modérateur du débat public ». Cette introspection depuis « l’intérieur de la boîte » se traduit de façon plus violente à l’extérieur, par exemple, sous la plume de Nathan Jurgenson (@nathanjurgenson)


One general takeaway from the 2016 Election seems clear our popular media, from those producing it to those sorting it with editors and algorithms, are not up to the task of informing us and describing reality. This won’t happen, but those people who got Trump sooo consistently wrong from the primaries to Election Day should not have the job of informing us anymore. And if you were surprised last night, you might want to reconsider how you get information.

« Une des principales choses à retenir de l’élection de 2016 semble claire : nos médias populaires, de ceux qui produisent l’information à ceux qui la trient avec des éditeurs et des algorithmes ne sont pas à la hauteur de la tâche qui consiste à nous informer et à décrire la réalité. Ça ne se produira pas, mais ceux qui ont si mal évalué Trump des primaires à l’élection ne devraient plus être en charge de nous informer. Et si vous avez été surpris du résultat de la nuit dernière, vous devriez reconsidérer la façon dont vous vous informez. »

Les médias sont-ils réellement hors-jeu parce qu’ils s’accrochent à une forme de vérité que négligent désormais les (é)lecteurs ? C’est probablement à la fois plus compliqué et plus intéressant.

Comme l’écrit Philip Elliott (@Philip_Elliott) dans son article How Hillary Clinton Lost (Hillary Clinton built a machine. The nation wanted a movement) :


The eternal political reality remained, however: a machine can’t stop a movement, and America prefers a warrior over a wonk.

« La réalité politique éternelle reste qu’une machine ne peut stopper un mouvement et que l’Amérique préfère un guerrier à une première de la classe. »

Ce « mouvement » est superbement décortiqué par Vincent Glad (@vincentglad) « Plus encore que George W. Bush, Donald Trump a créé sa propre réalité. […] Plus il a été écrit que Trump avait tort, et plus il maintenait et amplifiait ses propos, plus s’est imposé aux yeux de ses électeurs la force émancipatrice de ce personnage. Les médias traditionnels n’avaient plus droit de cité dans ce nouveau régime de vérité. »

Ce qui est à l’œuvre est donc, en réalité, assez simple : Trump construit un récit qui emmène ses électeurs dans un monde nouveau et ils font naturellement peu de cas des vérités du monde qu’ils quittent. Pour paraphraser Saint-Exupéry, « Quand tu veux gagner une élection, ne commence pas par créer un programme qui tient la route, mais réveille au sein des hommes le désir d’une nation grande et large ».

D’ailleurs, tous ceux qui se piquent d’innover (le grand mot valise du moment), savent que tout commence par la construction d’un récit : puisque, par essence, ce que vous apportez n’existe pas dans le monde actuel (« dans la vraie vie » comme disent ceux qui ont solidement les pieds sur terre), vous devez raconter de façon plausible la beauté du monde nouveau où votre invention trouve sa place (ou, mieux, qu’elle rend possible). La maxime de Philip Elliott sur le guerrier et la première de la classe s’interprète assez bien avec les théories de Thomas Kuhn sur la notion de paradigme : les élites forgées par l’ancien paradigme (les meilleurs de la classe lorsqu’il s’agit de raisonner « dans la boîte ») deviennent pitoyables dans un univers de plus grande dimension (ce qui explique pourquoi les élites institutionnelles (lire l’École de guerre, l’Académie de médecine, etc) sont aussi efficaces pour bloquer les progrès radicaux).

Le clair-obscur des monstres

Tout cela est bel et bon, me direz-vous, mais comme l’écrit Catherine Boullay (@CBoullay) « Le vote Trump serait celui d’une Amérique qui veut que rien ne change. Qui veut de la tradition. »

Il y a, bien entendu, la magie politique, la capacité des plus vieux chevaux de retour à se peindre des couleurs du changement, la jouissance partagée d’un Tancrède de Lampedusa qui prêche « il faut que tout change pour que rien ne change » à ce chœur de Verdi qui chante « marchons, marchons » tout en restant parfaitement immobile. Mais il serait fâcheux d’en rester là.

Interrogé par Télérama, l’historien Romain Huret affirme « Ce qui frappe d’abord, c’est la crise de confiance des citoyens américains vis-à-vis des corps intermédiaires et des institutions de leur pays. Depuis une dizaine d’année, les institutions censées incarner cette confiance – le Congrès, la justice, l’éducation, la police -, qui forment le socle de la démocratie américaine, sont dans la tourmente, au niveau local comme national : la police est accusée d’abattre de jeunes Afro-Américains sans défense, les juges de rendre une justice de classe, l’école de reproduire les inégalités et le Congrès d’être une force de blocage plus que de progrès. » Indubitablement, cette « crise de la façon de faire société » n’est pas limitée aux Etats-Unis et l’ampleur de la remise en cause du « socle ancien de la démocratie » évoque fortement une forme d’enfermement dans un paradigme obsolète.

Dans son article de 1997 Complexity Rising From Human Beings to Human Civilization, a Complexity Profile, dont est tiré l’illustration ci-dessous, Yaneer Bar-Yam (@yaneerbaryam) prédit l’évolution des formes de société en fonction de la complexité des enjeux qu’elles ont à relever. On pourrait le commenter en disant que, dans une situation simple, les experts ont une vision convergente et que celui qui, du haut de la pyramide hiérarchique, voit remonter l’ensemble des avis, est le mieux à même de prendre des décisions éclairées. A contrario, les situations complexes sont caractérisées par l’incohérence de la juxtaposition des points de vue, et rend la position du « dirigeant », à la fois loin du terrain et condamné au strabisme, d’autant moins pertinente que la société « dirigée » devient complexe.

L’hypothèse que nous vivons dans une société post-industrielle – dont l’équilibre passe par l’établissement d’une « société maillée » – qui reste bloquée dans un mode de gouvernance hiérarchique me semble un bon modèle de réflexion sur la crise actuelle de nos démocraties occidentales. J’en ai déjà parlé, ainsi que de la sentence d’Antonio Gramsci « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »

Ceux pour qui ces modèles font sens comprendront que la seule façon efficace de lutter contre l’apparition, et la persistence, des monstres est de quitter au plus vite cette « zone de clair-obscur » en expérimentant au plus vite les outils de l’intelligence des foules (jurys citoyens, démocratie liquide, et bien d’autres choses qui restent à inventer).

Dans ce contexte, les journalistes, qui se contentent très généralement de classifier les monstres en fonction de leur distance aux bons usages du « vieux monde qui se meurt » sont d’une grande naïveté s’ils pensent faire œuvre utile. J’ai d’ailleurs poliment interpellé Jérôme Chapuis sur la façon dont il évoque Twitter dans son article.
Il peut paraitre anecdotique de pointer quelques mots au sein d’un article dont les interrogations sont globalement pertinentes… mais on peut logiquement supposer que tant que les journalistes, qui, par essence, alimentent les vecteurs descendants, ne comprendront pas les médias en réseau, ils auront également beaucoup de mal à accompagner le récit de la société maillée et se condamneront eux-mêmes à mourir avec le vieux monde.

Ring the bells that still can ring

Et si, a contrario, le journaliste comprenait que l’intelligence des foules désigne, en réalité, un réseau structuré par les facultés spécifique de chacun des individus qui le composent et non une masse ordinaire qui exhiberait de l’intelligence si on sait correctement la sonder ?
Car le passage à une société maillé est par essence transformatif : dans un mouvement récursif, elle fournit à chacun les conditions d’une individuation (au sens des Irremplaçables de Cynthia Fleury (@CynthiaFleury) en développant au mieux ses compétences propres au service du groupe) et s’enrichit en retour de la capacité de ses membres à élever leur niveau de conscience en cohérence avec les besoins globaux.

Alors faut-il comprendre la conclusion de Jérôme Chapuis comme le constat implicite du fait que le journaliste est déjà dans un niveau de conscience trop élevé pour trouver sa place dans le monde ancien… tout en se trouvant empêché, par un rôle limité à l’observation et au commentaire, d’envisager le monde qu’il faudrait faire naître ?


Alors dans la nouvelle agora décentralisée, le journalisme est-il condamné à la faillite ? Le métier n’a jamais été aussi délicat à pratiquer : métier de conscience dans un monde qui se robotise ; métier de raison dans un monde de passion ; métier d’authentification dans un monde où tout est relatif ; métier de rassemblement en des temps de dispersion ; métier de vérification dans un monde en excès de vitesse. Pour toutes ces raisons, et sûrement à contre-courant, j’ai la conviction qu’on n’a jamais eu autant besoin de journalistes.

Malheureusement, même si les journalistes endossaient enfin un rôle de facilitateur du passage vers un nouveau paradigme, 2017 sera une année difficile et frustrante en France puisque l’élection présidentielle – la désignation de celui qui occupera le sommet de la pyramide du pouvoir – représente la forme démocratique la plus incompatible de toutes avec la société maillée (raison pour laquelle il me paraît impossible de ne pas voter blanc en signe de « protestation active non participative »).

Les étasuniens, qui ont, d’une certaine façon, la « chance » d’avoir déjà identifié leur monstre, ont une occasion historique de créer une société maillée fantôme.
Cette hypothèse est d’ailleurs esquissée dans la dernière lettre hebdomadaire de Ann Friedman lorsqu’elle appelle à une évolution sociale parallèle :


Campaigns have endpoints. Social progress does not. Find a way to do what you can, with your own skills, in your own community, to make life better for people who are threatened by the outcome of this election.

Elle pointe, par ailleurs, sur le travail collaboratif "Oh Shit! What Should I Do Before January?".

Je laisserai, avec une réelle tristesse, les derniers mots à Léonard Cohen. Ils en disent plus, et mieux, que l’ensemble de ce billet :


Ring the bells that still can ring
Forget your perfect offering
There is a crack in everything
That’s how the light gets in.

En sachant que, si nous ne parvenons pas à laisser passer la lumière, il ne restera qu’à continuer à cocher des cases au sein du Pessimist’s Guide to the World de Bloomberg :-)

Steve Jobs on French TV circa 1984

Saturday, May 7th, 2016

Terrible felling to discover that what he said more than thirty years ago remains mainly unknown – or at least misunderstood – by most people in charge here.

Fin des Guidelines

Friday, May 6th, 2016

Marc Jamoulle (@jamoulle) a fait une superbe réponse sur la liste de diffusion du CISP Club après que j’y avais attiré l’attention sur la vidéo "End of Guidelines – a parody of End of the Line". Je ne résiste pas à publier ici le travail de James McCormack (@medmyths) et le texte de Marc.


Bonjour


Je pense que vous n’avez pas pris la mesure de l’importance de la vidéo lancée par Mc Cormack et ses amis.


Ces gens la ne sont pas des rigolos; ce sont le plus souvent des grands auteurs, certains épidemiologistes cliniques, d’autres journalistes médicaux de talent auteurs de livres à succes, d’autres médecins de famille. Ce sont tous des champions de l’EBM. Il suffit de googler leur nom pour comprendre qu’ils savent de quoi ils parlent.


Ils sont aussi tous anglosaxons soit le monde US+UK+CAN+AUST dans les quels les assurances ne rigolent pas avec les applications EBM.


Ici en Belgique ou en France si vous ne respectez pas une guideline, personne ne va venir vous cherchez des pous.


Ce n’est pas forcément le cas pour les auteurs de la vidéo et par exemple Iona Heath ex présidente des MG UK sait que ne pas respecter une guideline, c’est s’attirer les foudres du NHS.


Nos collègues utilisent une video comique pour denoncer des situations absurdes et déclarer, ce à quoi nous devrions réfléchir intensément, que c’est le patient qui est au centre du jeu, que c’est pour lui qu’on fait la médecine et que c’est à lui, en connaissance et conscience, qu’il revient de décider. Vous voyez là l’influence du concept Shared Decision Making si bien défendu par Legare ou par Dee Mangin.


Ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas ici de l’establiment médical mais de dissidents, qui lancent un cri d’alarme, cri très entendu dans toute l’Amérique latine si j’en crois les réactions sur les listes P4

Sorbet à l’anis vert

Tuesday, April 26th, 2016

Pour 6 personnes – préparation 10 mn – infusion 50 mn

3 cuillerées à café de graines d’anis vert
75 cl d’eau
10 cl de pastis
1 jus de citron
350 g de Confisuc

Dans une casserole, portez l’eau à ébullition avec l’anis et Confisuc. Coupez le feu. Couvrez la casserole et laissez infuser 50 mn. Filtrez au chinois. Ajoutez le jus de citron et le pastis. Remuez et tournez en sorbetière.

Un sorbet délicat qui peut se servir aussi bien en dessert qu’en apéritif.


Tiré du "Livre des sorbets, glaces et granités" distribué par la Générale sucrière à la fin des années 80… en espérant que le Confisuc existe encore ;-)

Ingénieures

Tuesday, April 26th, 2016

Les Echos annoncent "Deux fois plus d’étudiantes ingénieures en 15 ans"… avec une illustration choc !

On ne retrouve pas tout à fait les mêmes chiffres dans le rapport de la CDEFI (Conférence des Directeurs des Écoles Françaises d’Ingénieur(e)s), mais la tendance est nette : la profession se féminise et c’est une excellente nouvelle pour la diversité, donc la qualité de la force vive de l’innovation.

Sorbet au Champagne

Tuesday, April 19th, 2016

Pour 4 personnes – préparation 10 mn

1/2 bouteille de champagne brut
20 cl d’eau
1 jus de citron
200 g de Confisuc

Avec l’eau, Confisuc et le jus de citron, préparez un sirop en chauffant pendant 5mn. Ajoutez le champagne. Laissez refroidir et tournez en sorbetière.

Ce sorbet est considéré par les gastronomes comme le plus raffiné et le plus élégant de tous. Il viendra s’intercaler majestueusement entre un poisson et une viande au cours d’un repas de fête.

À noter que si le sorbet au Champagne est destiné à être dégusté au dessert, vous pouvez augmenter de 100 g la quantité de Confisuc.


Tiré du "Livre des sorbets, glaces et granités" distribué par la Générale sucrière à la fin des années 80… en espérant que le Confisuc existe encore ;-)

Société maillée et fantômes liquides

Tuesday, April 12th, 2016

Mon ami Hervé est passé me rendre visite à l’improviste ; nous avons évoqué nos vieux démons et nos nouvelles passions autour d’un café, tout en dégustant les macarons qu’il avait apportés. La conversation a lentement dérivé des objets connectés, au contrôle grandissant des individus pour s’achever sur la politique… et le choix, de moins en moins improbable à mesure que la haine des politiciens grandit, d’une présidence Front National comme choix de rupture radicale « susceptible de créer un terrain favorable à un système neuf dans cinq ans ». Une forme d’écobuage incontrôlable.

Le vieux monde se meurt

Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. Antonio Gramsci

Je ne crois pas à cette hypothèse, car rien ne permet de penser qu’on contrôlera ce feu, et surtout qu’on pourra profiter de cette mise en cendres pour préparer les futurs semis avec la clarté d’esprit nécessaire aux grandes ruptures. Le diable ne rentre pas si facilement dans sa boîte… et quand je parle du diable, je ne parle pas que de Marine, mais bien des délires manichéens qui substitueraient opportunément une confrontation républicains contre frontistes à l’actuelle opposition droite-gauche usée jusqu’à la corde.

Faire apparaître un « nouveau monde » est possible ; les maux sont analysables, les solutions sont à notre portée pour peu que nous croyons plus en nous qu’en eux.

La première constatation que nous pouvons faire, c’est que notre monde est de plus en plus complexe.

Dans un monde simple, la multiplication des expertises permet d’affiner la compréhension, à la façon dont la diversité des angles de prise de vue fait converger la compréhension de l’objet photographié. Il est ainsi naturel que celui qui, du haut de la pyramide, est au point de concours des canaux d’information, soit le mieux placé pour décider pour la multitude.

Dans un monde complexe, au contraire, chaque expert apporte une contribution antagoniste, à la façon dont, confronté à la dualité onde-corpuscule de la lumière, se constituerait une opposition irréconciliable de tenants de l’interférence et de défenseurs des photons. Le « haut de la pyramide », est alors doublement disqualifié comme lieu où se prennent les décisions car il reste le point le plus éloigné de la base, de la « vie civile », tout en se voyant transformé en « lieu de convergence des divergences » par la mécanique décisionnelle héritée d’époques plus simples. Trancher devient un jeu de hasard et la politique l’art de nier les échecs en tentant de démontrer qu’un pire était possible et que l’avoir évité est déjà une réussite.

Ne pas reconnaitre ses échecs est le plus sûr moyen de ne pas apprendre… et de se condamner à reproduire les mêmes erreurs. Ce n’est pas la moindre des malédictions auxquelles nous condamnent des politiciens qui restent enfermés dans une logique de pouvoir d’une autre époque.

L’autre constatation est que notre forme de démocratie actuelle a de sérieux problèmes d’échelle. Les sujets réellement préoccupants devraient être réglés à l’échelle européenne ou mondiale, typiquement le dérèglement climatique, mais nous ne pouvons que constater qu’il n’existe pas d’exécutif européen et que nous n’aurons jamais de « président du Monde » capable d’imposer « du haut » des « décisions courageuses ».

Il n’est pas interdit de supposer que la complexité a joué depuis longtemps un rôle dans la composition des régions administrables de façon hiérarchique pyramidale, par exemple par un mécanisme d’autonomisation des marges, des lieux où un surcroît d’éloignement du sommet décisionnel en rendait les édits insupportables. La crise politique du moment n’est peut-être, dans le cadre de la mondialisation des échanges, qu’une soudaine généralisation d’un phénomène autrefois plus local, mais qui rend désormais obsolètes les démocraties trop fortement indirectes.

On peut à juste titre s’inquiéter d’être gouverné par des institutions en obsolescence rapide, d’autant plus que, comme nous le voyons avec l’actuel « état d’urgence » justifié par une « situation de guerre », un pouvoir désorienté sera toujours tenté de conserver son statut par la peur. Si rien ne change radicalement, la confrontation droite-gauche risque d’avoir bientôt le relent aigre d’une opposition Bradbury-Huxley.

Apprivoiser la complexité

I would rather have questions that can’t be answered than answers that can’t be questioned. Richard Feynman

Pourtant, cette complexité qui rebat nos cartes politiques est un phénomène tout à fait naturel, qui naît de l’augmentation des interactions et des échanges au sein de la société. Et la façon de s’en accommoder est tout aussi naturelle : il faut intégrer la discussion politique à la richesse des échanges. En résumé, passer d’une démarche hiérarchique où une élite gouverne une foule par essence indisciplinée à un pilotage en réseau qui rend la foule intelligente.

Utopie, crieront les adeptes de l’ancien mode. Si les gens n’étaient pas trop bêtes pour se gérer eux-mêmes, ça se saurait !

C’est assez vrai… mais en réalité je ne parle pas des mêmes gens, car quand les bouleversements du niveau de conscience créent un avant et un après, ils transforment également les individus.

Les grandes découvertes et les guerres ont façonné notre pensée actuelle. Il suffit de relire « Tintin au Congo » ou de revoir ces films d’Audiard où des coloniaux parlent du « bon vieux temps » pour mesurer la distance qui nous sépare déjà de ce niveau de conscience. Ces œuvres pourtant contemporaines utilisent un vocabulaire aujourd’hui choquant (et même à l’occasion pénalement répréhensible) pour mettre en scène des relations aux femmes et aux indigènes tellement caricaturales qu’elles seraient bien difficile à expliquer à des enfants nés avec le millénaire.

Abandonner l’illusion de l’inéluctabilité d’un pilotage hiérarchique transformera considérablement la façon de faire société, donc de se comporter en société.

Pour écrire « Reinventing Organizations », Frédéric Laloux a étudié des entreprises très diverses qui ont en commun d’avoir remplacé l’habituel pilotage hiérarchique par une organisation souple constituée d’équipes très fortement autonomes. Sa découverte la plus passionnante concerne la façon dont cette autonomie (les équipes sont responsables de leurs objectifs, généralement de leur budget, souvent de leurs embauches) permet aux individus d’évoluer individuellement, de trouver leur place optimale, voire même de la créer, et, ce faisant, de faire progresser le groupe.

Le critère majeur de réussite d’une société en réseau est de permettre aux citoyens qui en constituent le tissu de sortir de la « case » dans laquelle les inscrit mécaniquement toute hiérarchie pyramidale, de leur ouvrir un biotope au sein duquel ils peuvent grandir. Cette synergie entre des individus puissants et une société en réseau constitue la trame du récent ouvrage de Cynthia Fleury, « Les irremplaçables ». Elle y montre comment, une fois détaché des divertissements du « panem et circenses », chacun peut accéder à l’individuation, et, à l’image de ce que Frédéric Laloux a vu en entreprise, trouver sa véritable place dans la société ou la créer si elle n’existait pas.

L’intelligence des foules repose donc avant tout sur la capacité de chaque membre de la société, et ainsi de la société toute entière, à atteindre un nouveau stade de conscience. Il est évident que l’internet sera à la fois le système nerveux de l’état final et l’effecteur de son amorce initiale… mais il doit lui-même être transformé et fournir de nouveaux outils.

Les outils

Les outils de l’intelligence des foules restent largement à inventer. L’internet tel que nous le connaissons est d’ailleurs un lieu paradoxal à cet égard puisqu’il constitue un vecteur de surveillance massive par les services de renseignements et voit ses moyens d’information chaque jour plus privatisés par les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), des oligopoles qui font florès en nous éclairant « juste assez », tout en nous gardant soigneusement captifs. En inventant les outils de la « société maillée », il faudra également rendre à l’internet ses lettres de noblesses de réseau libre et ouvert.

Deux outils me paraissent suffire pour expérimenter la société maillée avec un niveau d’ambition suffisant : le comité de proposition et le système de vote de démocratie liquide.

Nous sommes, je le pense, par essence indécis sur les sujets principaux de société. Typiquement, faut-il stopper les centrales nucléaires, s’intéresser aux huiles de schistes, réformer le code du travail ? Puisque ce sont des sujets complexes, les experts sont divisés, donc générateur d’une cacophonie peu éclairante. Puisque ce sont des sujets sensibles, l’exécutif ne laisse filtrer que les informations qui justifient à l’avance la décision qui sera imposée d’en haut.
La piste qui me semble la plus prometteuse pour sortir de ce type d’impasse est celle du comité de proposition : pour chaque décision de ce type, un groupe restreint et efficace (une « équipe projet ») est tirée au sort à la façon d’un jury d’assise, avec comme seule contrainte celle de maximiser son intelligence collective ; ce groupe instruit le dossier de façon interactive et transparente, avec les moyens suffisants (tant financiers que comminatoires) pour convoquer qui bon lui semble et se déplacer où bon lui semble. Elle produit alors une proposition étayée qui est soumise au vote du reste de la société.

On peut logiquement s’attendre à ce que le comité de proposition élabore un texte compréhensible par chacun et permette l’exercice de la démocratie directe où chaque citoyen vote. On peut cependant raisonnablement penser qu’une partie d’entre eux estimera ne pas se sentir capable de voter, faute d’avoir un intérêt suffisant pour le sujet ou d’avoir pris le temps d’étudier le contexte. Grâce à un système de vote dit de « démocratie liquide », ils pourront alors désigner ponctuellement la personne à qui ils font confiance pour voter à leur place.

Pour une société maillée fantôme

L’intelligence collective produit des citoyens éclairés qui augmentent l’intelligence de la société maillée dans un cercle vertueux qu’il faudrait amorcer au plus vite. Il ne serait pas très compliqué de créer un outil de comité de proposition, à la façon dont Wikipédia permet à une communauté d’affiner une entrée de dictionnaire. Des outils de démocratie liquide existent également, même s’ils n’ont pas encore toutes les qualités, tant en dimensionnement qu’en garanties de fonctionnement, du système cible. Il serait, en tout cas, passionnant de créer des prototypes qui permettent de « jouer des scénarios » sur des enjeux réels de sociétés, par exemple les lois en cours de discussion et de permettre à chacun de comparer la qualité de cette « shadow democracy » avec les pénibles productions du système en place.

Sydney Hobart 2015

Saturday, January 30th, 2016

Retour en images sur la 71e édition de Sydney Hobart, gagnée en temps réel par le maxi Comanche (plan VPLP Verdier) et en temps compensé par le TP 52 Balance devant le français Courrier du Léon.

Superbe résumé d’une course particulièrement éprouvante, débutée dans le gros temps et terminée dans la pétole.

L’Hermione à la pointe du raz

Monday, January 18th, 2016

Photographie de Ronan Follic

Ça foil en Bretagne !

Wednesday, December 23rd, 2015

ça foil en Bretagne ! from BDI on Vimeo.

Pavoiser

Saturday, November 28th, 2015

Photo REUTERS – Jean-Paul Pelissier

IBM Watson : Comment l’informatique cognitive va changer notre vie quotidienne

Thursday, September 24th, 2015

Conférence de Jérôme Pesenti, vice-président Core Technology chez IBM Watson, le 23 septembre à Télécom ParisTech.

Evolution and the Selfie Stick

Thursday, August 27th, 2015

Before and now

Evolution stops

Le mur

Thursday, August 6th, 2015

C’est un mur de ronces de dix mètres de long et de près de trois mètre de haut. Un entrelacs d’épines, un univers impénétrable et intimidant.

Je l’ai attaqué comme un Mikado géant, sécurisant initialement un couloir d’accès aux racines, puis progressant latéralement. On ne sort jamais complètement indemne d’une telle confrontation ; les épines traversent les gants les plus épais et il y toujours une liane plus retorse pour vous cingler le visage lorsqu’on dégage sa voisine.

Léo a 9 ans. Il commence par taper sur le mur à grands coups de râteau, « pour tout dégommer » puis, constatant le peu d’efficacité de cette débauche d’énergie frontale, il décide de tirer les ronces pour en faciliter le dégagement. Enfin, au moment où je fais une pause, il enfile les gants de travail, se saisit de la cisaille et s’immerge dans la masse végétale pour accéder aux racines.

Il a compris étape par étape comment gérer un système complexe ; le mur est condamné.

L’Homme augmenté – Notre Humanité en quête de sens

Monday, July 27th, 2015

Le septième cahier de veille de la Fondation Télécom a pour objectif de faire le point sur la thématique de l’homme augmenté et les travaux de recherche qui y sont associés.

Une archive est disponible en cliquant sur l’image.

L’Hermione sur le chemin du retour

Monday, July 20th, 2015

L’Hermione a quitté dimanche Lunenburg, au Canada, sa dernière étape sur la côte est du continent américain.

Cap au nord est, avec une première escale française à Saint-Pierre-et-Miquelon…

… puis route directe sur Brest, où elle doit arriver le 10 août et rester amarrée sur le quai Malbert du 11 au 16 août.

Ensuite Bordeaux, puis retour à Rochefort, son port d’attache, le 29 août.

Fukuyama et la France

Sunday, July 19th, 2015

En 1996, je consacrais un chapitre de mon livre Trust: The Social Virtues and the Creation of Prosperity au fait que le rôle central de l’État en France empêche l’émergence d’une société civile puissante, capable de produire de la confiance entre des parties prenantes indépendantes et responsables. Ce n’est pas nouveau, Tocqueville, dans L’Ancien Régime et la Révolution, décrit un secteur privé très faible, sans cesse tourné vers l’État pour résoudre ses problèmes. Et cette attitude, dans une certaine mesure, perdure.

Extrait d’une interview de Francis Fukuyama (@FukuyamaFrancis) dans l’Expansion de Juillet-Août 2015

À table !

Friday, June 12th, 2015

Vous êtes dans un avion.

La pression de la cabine vous pousse à somnoler.

Vous entrez peu à peu dans un éveil paradoxal ; pour quelques minutes seulement.

La création d'un monde commence souvent avec un monde préexistant.

Celui que vous survolez ou que vous allez survoler en est un.

La création des mondes telle que nous la connaissons commence-t-elle toujours avec des mondes préexistants ? Décrire ce qui a été décrit ?

Réalité et fiction sont un couple d'arbres qui grandissent ensemble, entrelacés, chacun soutenant et portant l'autre. Une sorte de transfert de force s'opère comme l'enchevêtrement de câbles d'acier entre les deux piles d'un pont. L'impression qui en sort est celle d'un soutien réciproque, d'une symbiose, dans laquelle les choses sont données et reçues, animant toujours le monde dans sa forme de verbe.

Nous vivons en quelque sorte dans un moment du temps où nous devrions être hystériques, mais nous ne le sommes pas, parce que nous n'imaginons pas ce qui se passe.

Nous ne saisissons que des fragments de données.

Il y a des gens. Il y a des histoires. Les gens pensent qu'ils donnent forme aux histoires, mais l'inverse est souvent plus proche de la vérité.

À table !

Nous avons bien des « instants CNN », et à cet instant nous avons vraiment le sentiment d'être dans l'instant présent. Puis, en un clin d'œil, nous retournons à la position qui a toujours été la nôtre.

Nous ne savons pas ce qui va triompher de l'individu ou de la foule.

Il y a cette idée des octaves et de la musique, cette idée que le monde est fondé sur des vibrations et des sons. Les huit dimensions que composent les octaves forment une unité que l'on appelle le royaume dimensionnel. Chaque dimension est une note prise sur une échelle indéfinie, mais les huit forment un espace clos, une impression de complétude à l'intérieur de l'infini sans limite.

Il y a quelques années on a fait la preuve de l'existence des mondes possibles.

Vive le multivers.

Vous ne survolez qu'un de ces mondes !


Texte de Philippe Parreno pour Air France Magazine

Ride Béret Baguette

Saturday, June 6th, 2015

Le Ride béret baguette, French jusqu’au bout des ongles qui griffent le guidon.


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