Archive for the ‘Français’ Category

Staff virtuel

Monday, February 19th, 2018

Le Staff virtuel naît du concept de Ligne de vie que nous ne décrirons pas ici. Il suffira de dire que la Ligne de vie est un outil basé sur le principe qu’une personne peut souhaiter « gérer sa santé comme un projet » et que cette démarche passe par la matérialisation de l’équipe de santé qui « l’entoure » et par une vision au cours du temps des préoccupations de santé, de ce qui a déjà été réalisé et de la qualité de suivi du risque.

La Ligne de vie est une idée déjà ancienne, née au tournant du siècle, développée au début des années 2000 avec le support de plusieurs URMLs (alors regroupées dans le GUEPARD, Groupe InterUnion Échanges et PARtage des Données) puis mise sous le boisseau par le caractère exclusif du DMP. La Ligne de vie sera lancée cette année dans une version plus mature et générique qui postule qu’une personne ne peut logiquement pas se résumer à son projet de santé.

Le Staff virtuel est né, au sein du CISP Club, de l’intérêt de ne pas voir la Ligne de vie comme une pancarte, mais comme un objet en trois dimensions (une sorte de « cake » étiré au cours du temps) qu’il serait possible de découper en tranches.
Les tranches longitudinales seraient assez bien des « vues spécialisées », typiquement des pancartes construites pour une préoccupation de santé (une pathologie, un risque…) donnée tandis que les tranches perpendiculaires représentent les informations connues à un moment précis.

Le Staff virtuel trouve ainsi sa genèse de la considération que « la tranche d’aujourd’hui » pourraient bien fournir « l’espace de la prise de décision », par exemple l’interface d’une consultation médicale moderne. Cette hypothèse a été explorée dans le cadre d’un projet de recherche en collaboration avec l’équipe du Professeur Degoulet à l’HEGP (ex Broussais) et l’équipe INRIA Acacia alors encadrée par Rose Dieng (malheureusement décédée depuis).

L’état de l’art en terme de structuration de la consultation médicale est plutôt chaotique. L’approche classique, déjà ancienne (développée par le Docteur Lawrence Weed dans les années 60) consiste à organiser la consultation par problèmes (approche « orientée problèmes » ou POMR pour « problem oriented medical record ») et à recueillir pour chaque problème le déroulé de la consultation selon les étapes SOAP (pour faire simple : Subjective (motifs), Objective (examen clinique), Assesment (discussion diagnostique) et Procedure (conduite à tenir)).

Cette « grille » a le grand mérite de conduire à analyser les problèmes traités lors de la consultation, et à noter proprement ce qui a été réalisé ou planifié pour chacun d’entre eux, d’où son succès et le nombre de ses « produits dérivés » comme la Classification Internationale en Soins Primaires (la CISP) qui a été construite pour permettre de classifier les éléments S, A et P.

La grille SOAP/POMR a pourtant deux inconvénients majeurs :

  • Elle pose plusieurs problèmes ergonomiques, typiquement par le fait que les éléments des cases S, O et P sont assez souvent dupliqués (par exemple, un traitement peut concerner plusieurs problèmes), classiquement également par le fait que, faute de faire tenir toute la grille à l’écran, certaines interfaces présentent les problèmes sous forme d’onglets, et perdent ainsi la vue d’ensemble. En résumé, elle constitue un bon support analytique, mais une mauvaise interface.
  • En organisant le flux de la consultation selon les étapes motif puis clinique et enfin diagnostique et traitement, elle est adaptée à l’aigu, mais pas au chronique qui ne voit pas seulement le patient se présenter avec une liste de motifs, mais également des problèmes et des traitements en cours.

Comme élément de la Ligne de vie, le Staff virtuel a été conçu à la fois comme une version plus moderne du SOAP et comme un outil destiné à faciliter le travail en équipe. Il est basé sur quatre principes directeurs :

  1. En tant que « tranche orthogonale du cake », il constitue un « point d’inflexion » du projet en cours : les préoccupations et traitements qui y arrivent sont éventuellement différents des préoccupations et traitements qui en partent. Au lieu d’un flux SOAP, il s’agit donc d’une transformation (A,P)SO(A’,P’).
  2. L’interface est conçue comme si on écartait, comme on ouvre un rideau de théâtre, la ligne verticale qui matérialise le moment présent sur la Ligne de vie, en alignant sur la marge gauche les préoccupations et traitements anciens et en réservant la marge droite pour leurs versions futures (le nouvel état du projet), et en organisant le centre du terrain de jeu sous forme de « graphe cognitif » avec une zone dédiée aux motifs de rencontre et une zone réservée aux données clinique. Il est alors possible, si besoin, de construire un graphe en reliant entre eux les éléments qui vont ensemble ou, au contraire sont en contradiction.
  3. Il est possible d’inscrire des points d’interrogation lorsqu’on suppose qu’il existe un problème qu’on ne peut pas encore nommer, et/ou que le traitement doit être adapté. On peut donc exprimer l’inconnu et, si besoin, ne pas refermer la consultation et, au contraire, l’ouvrir à (tout ou partie de) l’équipe de santé afin de bénéficier d’une vision pluridisciplinaire.
    Pour « résoudre les interrogations », il est alors possible de mettre en œuvre un diagramme QOC (Question, Options, Critères), qui permet au groupe de lister les options possibles et d’apporter, pour chacune d’entre elles, les critères positifs ou négatifs qui permettent in fine de travailler sur l’hypothèse qui possède le meilleur ratio.
  4. L’un des aspects importants d’une représentation de ce type est de constituer une mémoire de la prise de décision. Il est assez naturel que, dans le futur, quelqu’un s’interroge sur la raison pour laquelle un traitement a été stoppé, modifié ou instauré ou pour laquelle l’équipe a travaillé sur une hypothèse qui semble erroné. Pouvoir consulter, à l’aune des événements qui ont suivi, le raisonnement construit qui avait guidé la décision, est un élément précieux de support décisionnel.

La recherche documentaire pourrait intervenir à deux étapes en tant que support décisionnel : en utilisant le graphe de la consultation comme guide de requêtes pertinentes et, au sein du QOC, en fournissant des critères issus de la littérature.

Globalement, il faut imaginer qu’un outil construit pour permettre le travail d’équipe permet également à un acteur solitaire de bénéficier de l’apport d’agents intelligents, et, typiquement, d’un agent qui chercherait sur PUBMED si des tableaux similaires ont déjà été décrits.

Trois conseils pour réussir

Sunday, February 18th, 2018

En septembre 2013, la cérémonie de remise de diplômes de l’ENSTA Bretagne coïncidait avec les adieux du directeur de l’école. Ni les fiers parents, dont j’étais, ni les bientôt diplômés n’attendaient grand chose de son discours… et pourtant j’en ai un souvenir marquant, principalement pour les trois conseils en forme de passage de témoin qui en constituaient à la fois la touche finale et le signal d’entrée dans la vie active pour une promotion d’ingénieurs.

Son premier conseil était de ne pas calculer, de ne pas établir un plan de carrière mais, au contraire, de s’orienter vers les domaines d’intérêt véritable.
L’argument étant qu’on est naturellement bien meilleur et mieux capable de progresser quand on fait ce qu’on aime.

Son deuxième conseil traitait de l’ouverture à l’autre, partant du constat qu’un ingénieur moderne travaillera une grande partie de sa vie (physiquement ou à distance) en environnement multi-culturel.

Le troisème conseil se résumait en un mot  "Osez". Osez prendre des risques, osez innover. C’est précisément ce qu’on attend d’un ingénieur, donc la meilleure façon de réussir.

Ces trois points me sont revenus en mémoire en lisant, dans un article du magazine du Monde, les trois conseils que Cédric Villani donne aux jeunes qui l’interrogent le sujet : Un, ne vous mettez pas dans une case. Deux, soyez toujours en mouvement et bougez dès que vous connaissez bien un sujet. Trois, laissez une part importante de hasard dans votre carrière.

Et vous, quels seraient vos trois conseils ?

Rapport Bergé

Thursday, February 1st, 2018

Chère Aurore Bergé et chère autre rombière inconnue, qui avez commis ce #RapportBergé.
Pour vous et vos amis de la France 2.0, la petite chronique d’un professeur déconnecté des réalités sociales vécues par ses élèves.

Lundi, il fallait faire cours pour la dernière fois à M. (6eB) sans pour autant lui dire au revoir. Sa mère et les gendarmes viendraient le chercher à l’interclasse.

À l’interclasse, c’était mieux, cela éviterait des heurts à la sortie du collège : son père y est presque toujours posté, titubant.

M. ne savait pas qu’il ne reverrait sans doute plus jamais ses copains ni ses professeurs et il levait la main pour participer, souriant comme d’habitude, ses lunettes de la sécurité sociale sur le nez.

Je lui ai prêté un livre – Tom Sawyer – dont j’avais parlé en classe et qu’il voulait lire. Il l’a mis, tout content, comme un trésor, dans son cartable. Et puis la porte s’est refermé et il est parti.

Mardi, on a fait un petit travail d’écriture avec les 4e, à partir de scènes de repas de la littérature. Ça marche toujours bien, on bosse notamment le vocabulaire des 5 sens.

Je n’étais pas du tout satisfait du travail de R. Quelques lignes d’une extrême platitude. Je le convoque donc à la fin de l’heure pour lui passer un savon. Oui, c’est ma bienveillance à moi quand ils ne foutent rien.

Il est venu vers mon bureau, avec sa maladroite carcasse, je voyais bien qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. J’ai fait semblant de finir de corriger une copie avant de relever la tête et de m’intéresser à lui (un truc classique de prof un peu expérimenté).

Le père de R. vient de perdre son boulot. Il touche le chômage mais il est terrifié. "Alors maintenant, on bouffe des pâtes. Ou du riz."

Ainsi, le festin de Babette ou les étals du Ventre de Paris, eh ben ça l’avait démoralisé, R.

R. a aussi une grande sœur qui pleure pour 5 euros d’APL comme le dit votre distinguée grande gueule O’petit ; c’est pas sûr qu’elle puisse finir ses études. Pourtant, une élève très brillante.

Bref, c’est pas la fête. Pas grand chose dans la copie mais pas grand chose dans l’assiette non plus et le moral dans les chaussettes. J’ai dit à R. que c’était très chic d’être vegan, très tendance, et ça l’a fait marrer.

Il avait deux heures de permanence : "Je vous rapporte une bonne rédaction à 17h00, Monsieur". À la récréation, je suis allé voir la PP de la classe. Pas de mauvaise surprise : l’assistante sociale suivait le dossier.

J’ai lu la copie de R. à 17h10. C’était pas terrible. Je lui demanderai de refaire son travail. Mais sans l’aider plus que ça, parce que c’est un garçon qui écrit très bien.

Mercredi (aujourd’hui), rien. Je ne travaille pas au collège. Je corrige des copies, installé dans ma véranda qui surplombe la vallée minière où s’entassent les pauvres gueux. Note : comme vous avez l’air un peu niaises, Mesdames, je précise que c’est une amère plaisanterie.

Jeudi matin (tout à l’heure), semaine A ou B ? Je ne sais jamais, je sais juste que c’est jeudi et que c’est restitution des dictées. Et c’est, avec les 3eF, un moment que je déteste, quand je dois rendre sa copie à S.

Pourtant, c’est très chouette les dictées. Ils aiment bien ça, je choisis de beaux textes, parfois on les prépare avant, parfois pas du tout, parfois un peu. Ils en bavent, c’est dur, mais ils progressent. Ils s’en sortent tous plus ou moins bien.

Enfin pas tous. S. ne s’en sort pas bien du tout. Et elle me regarde un peu de travers quand je rends les résultats, un peu comme si c’était ma faute. Elle progresse aussi mais pas comme elle le voudrait. Elle est passée de 0 à 5. Moi je suis très content d’elle.

S. est arrivée en France quand elle avait 6 ans. Dans une rédaction, l’an dernier (je l’avais aussi l’an dernier), elle avait écrit un très beau texte qui racontait sa bataille pour apprendre à lacer des chaussures. Avant son arrivée en France, elle n’en avait jamais porté.

Je me souviens que sa rédaction se terminait par "J’aimerais tant marcher de nouveau dans mes montagnes, sur un sol qui ne me serait pas étranger." Elle avait souligné le mot étranger (qu’elle avait aussi orthographié "étrangé")

Les parents de S. ne savent ni lire ni écrire. Ils parlent à grand peine quelques mots de français. Quand ils viennent en réunion parents-profs, S. assure la traduction. Je la soupçonne de ne pas toujours restituer exactement ce que je dis (elle est maline) mais passons…

Son père parvient quand même à me dire directement des trucs quand il évoque le petit frère de S. : "Si déconne, tu tapes." Et je vois S. qui rigole, elle a sans doute en tête une scène où j’en colle une à son frangin. Elle se dit peut-être que ça ne lui ferait pas de mal.

Bref, S. est une des élèves les plus intelligentes et persévérantes que je connaisse. Je pense qu’elle peut mener son projet au bout, elle veut être prof (bon, là elle est un peu stupide). Mais pour ça, il ne faudra plus faire de fautes.

Alors, elle y travaille. Elle travaille même très dur et il faut mettre les bouchées doubles car le temps ridicule consacré à l’enseignement du français ne permet plus aux enfants nés en dehors de la langue d’espérer la maîtriser un jour.

J’espère que demain, quand je vais lui rendre son 5, je pourrai passer 20 minutes avec elle pour reprendre 2 points précis. Mais elle a 27 condisciples : ce sont les budgets que vous votez.

J’espère surtout qu’un jour, S., M. et R. auront été suffisamment instruits par mes soins et ceux de mes collègues pour vous cracher très convenablement à la gueule que la misère sociale, c’est vous, les politiques, qui la fabriquez.

J’espère que vous descendrez alors de vos carrosses et que vous salirez vos jolies robes.

Dans l’immédiat, gardez vos leçons de dame patronnesse pour vous et croyez bien que les enseignants, tout comme les policiers ou le personnel hospitalier, ont une parfaite conscience des réalités sociales vécues par ceux qu’ils instruisent, protègent ou soignent.

Crossway

Wednesday, January 31st, 2018

Nous sommes le 30/01/2018, et le logiciel hospitalier Crossway est toujours utilisé afin de retarder la prise en charge des patients tout en augmentant le risque d’erreurs.

#FierDeRienDuTout

Mais je vous sens dubitatifs. Je sens même que certains se disent que c’est de la méchanceté gratuite. Alors voilà des exemples :

Vous savez ce qui se passe dans Crossway si je prescris 480 comprimés de paracétamol toutes des deux heures ?

Rien. Il accepte.

Vous savez ce qui se passe si je prescris de l’héparine et des AVK pour un relais ?

Il hurle à la mort.

Vous savez comment je peux faire pour prescrire un traitement d’après une observation où est noté l’ordonnance du médecin traitant ?

Et bien je peux pas. Je dois la recopier à mon tour pour la re rentrer ensuite dans un autre écran.

Vous savez comment je peux envoyer un courrier au médecin traitant à partir de Crossway ?

Je peux pas non plus.

Mais vous vous dites peut-être que pour le patient c’est mieux car on peut surveiller ses constantes vitales ?

Pas de bol. Crossway ne montre par défaut que ce qu’il y a à faire, donc si je veux voir le passé il faut se perdre dans les menus.

Évidemment vous rebondissez en vous disant qu’au moins comme ça on est sur de rien oublier si Crossway montre tout ce qu’il y a à faire !

Encore raté.

Bon bref, Crossway est directement responsable d’une surcharge mentale de malade sur les médecins et infirmières, sans que son concept n’en ait rien, mais alors rien à taper.

Là encore je vous sens dubitatifs. Mais savez-vous comment on peut faire évoluer Crossway ? En s’inscrivant à un club des utilisateurs. Et savez-vous comment on s’inscrit à ce club ? EN PAYANT ! Oui oui, on paye pour donner son avis.

Et là les plus blasés vont dire : bah si c’est si dangereux, pourquoi vous portez pas plainte ? Ben parce qu’on peut pas.
Parce que la responsabilité de la qualité de la prescription c’est celle des médecins, et celle de l’administration, celle des IDE.

Quia hortulanus esset

Sunday, January 21st, 2018

Je suis l’ouvrier du silence,
L’au-delà des gestes humains,
L’obole qui contrebalance
L’or des Césars entre vos mains.

Je suis l’innocence de l’aube
Et l’œuf fragile au fond du nid ;
Les replis usés de ma robe
Ont la largeur de l’infini.

Je suis plus vendu qu’un esclave,
Et, plus qu’un pauvre, abandonné ;
Je suis l’eau céleste qui lave
Le sang que pour vous j’ai donné.

Les lys et les agneaux, mes frères,
Sont comme moi sans défenseur ;
Je revêt tous ceux qui pleurèrent
D’une cuirasse de douceur.

Peu m’importe que l’on me nie ;
Je suis l’obscur et l’insulté
Semant sa sueur d’agonie
Aux sillons du futur été.

Je suis la neige qui prépare
La lente éclosion des fleurs ;
Deux bras ouverts, vivante barre,
Diamètre de vos douleurs.

La rose à mes côtés relève
Son visage innocent et beau ;
Le bois mort s’humecte de sève ;
Et la Madeleine au tombeau,

Moite encor des larmes versées,
Reconnaît, dieu qui sanglota,
Le jardinier aux mains percées
Sous l’arbre noir du Golgotha.


Marguerite Yourcenar
1931-1933
Les Charités d’Alcippe

L’expression "quia hortulanus esset" apparaît au chapitre 20 de l’Évangile selon Jean, versets 11 à 18

  1. «  Maria autem stabat ad monumentum foris, plorans. Dum ergo fleret, inclinavit se, et prospexit in monumentum » :
    Marie se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Or, tout en pleurant, elle se pencha vers l’intérieur du tombeau
  2. «  et vidit duos angelos in albis sedentes, unum ad caput, et unum ad pedes, ubi positum fuerat corpus Jesu. » :
    et elle voit deux anges, en vêtements blancs, assis là où avait reposé le corps de Jésus, l’un à la tête et l’autre aux pieds.
  3. «  Dicunt ei illi : Mulier, quid ploras ? Dicit eis&nbsp: Quia tulerunt Dominum meum : et nescio ubi posuerunt eum. » :
    Ceux-ci lui disent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur dit : « Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis. »
  4. «  Hæc cum dixisset, conversa est retrorsum, et vidit Jesum stantem : et non sciebat quia Jesus est. » :
    Ayant dit cela, elle se retourna, et elle voit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
  5. «  Dicit ei Jesus : Mulier, quid ploras ? quem quæris ? Illa existimans quia hortulanus esset, dicit ei : Domine, si tu sustulisti eum, dicito mihi ubi posuisti eum, et ego eum tollam.“ :
    Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui dit : « Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je l’enlèverai. »
  6. «  Dicit ei Jesus : Maria. Conversa illa, dicit ei : Rabboni (quod dicitur Magister). » :
    Jésus lui dit : « Marie ! » Se retournant, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! » – ce qui veut dire : « Maître ».
  7. «  Dicit ei Jesus : Noli me tangere, nondum enim ascendi ad Patrem meum : vade autem ad fratres meos, et dic eis : Ascendo ad Patrem meum, et Patrem vestrum, Deum meum, et Deum vestrum. » :
    Jésus lui dit : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur : “je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu”. »
  8. «  Venit Maria Magdalene annuntians discipulis : Quia vidi Dominum, et hæc dixit mihi. » :
    Vient Marie de Magdala, qui annonce aux disciples : « J’ai vu le Seigneur et voilà ce qu’il m’a dit. »

François Gabart : 42 jours autour du monde

Monday, December 18th, 2017

© François Gabart/Macif

De l’informatique médicale…

Thursday, November 23rd, 2017

dites, @WedaOfficiel, ça va bien ? On savait déjà que vous cherchiez à facturer systématiquement toute option en plus du logiciel qu’on vous paie déjà 120 euros par mois par médecin (y compris moi qui travaille 2 jours par semaine au cabinet, pas de jaloux) 1/7

Puis, @WedaOfficiel, on apprend que vous voulez facturer une option qui sera en fait obligatoire pour bosser correctement (on a besoin de ROSP et compagnie, nouveaux types de rémunération pour bosser, et on n’a pas encore assez d’administratifs loin de là) 2/7

et là, en fait, on comprend que vous souhaitez juste vous payer grassement sur la-dite ROSP, puisque vous voulez surfacturer 280 euros par an par médecin pour le passage au DMP #SerpentDeMerMonSerpentDeMer Pour la mise en place bien sûr ? 3/7

Noooon, pas pour la mise en place @WedaOfficiel. Vous voulez facturer 280 euros par médecin ET PAR AN. Pour une option d’un logiciel que chacun d’entre nous paie déjà 1440 euros par an. Et dont on sait que vous allez chercher à nous surfacturer toutes les options. 4/7

On est plusieurs médecins par structure. Ca chiffre vite l’investissement dans votre logiciel @WedaOfficiel 5/7

Un exemple, pour que tout le monde comprenne bien. Pour faire apparaître un bouton à un endroit prévu à cet effet pour un scanner qu’on ne peut pas raccorder tout seuls (ou que notre informaticien habituel ne peut pas raccorder), bim, 80 euros. 6/7

Alors si j’ai mal compris, je veux bien qu’on me réexplique. Je ne demande que ça, même. Et puis j’aimerais avoir l’esprit tranquille pour m’occuper des gens sans avoir à me demander tout le temps si mon "entreprise libérale" tient le coup financièrement 7/7

Prescrire et les vaccins

Thursday, September 7th, 2017

Très intéressante intervention de Bruno Toussaint, directeur de la rédaction de la revue indépendante Prescrire, aux Matins de France Culture (@Lesmatinsfcult) :


Les vaccins c’est très divers. Il y a des médicacaments très divers, il y a des médicaments qui sont des poisons comme le Mediator et des médicaments magnifiques comme l’insuline ou les antirétroviraux quand on a le sida.


Dans les vaccins, il y a des vaccins inefficaces, des vaccins dangereux, sans grand intéreêt, c’est à dire sans avoir une efficacité qui les contrebalance et puis il y a des vaccins très importants contre le tétanos, ou la dyphtérie ou la poliomyélite. Il faut faire attention, tous les vaccins ne se valent pas comme tous les médicaments ne se valent pas. Il faut, selon la situation de la personne, dans quel pays elle vit, à quoi elle est exposée ou à quoi elle sera exposée probablement quand il s’agit d’un enfant, etc, il y a plein de facteurs à prendre en compte, ça ne doit pas être automatique. Il y a très peu de choses dont l’intérêt est vraiment évident pour tout le monde. J’ai parlé du tétanos, c’est un exemple classique : c’est une maladie qui ne disparaitra pas, le bacille est dans la nature donc il faut s’immuniser, sinon il y a un risque mortel, très simplement. Et il y a des pays où il y a encore beaucoup de morts de tétanos.


Alors, pour ce qui est de l’obligation, nous à Prescrire on défend depuis longtemps que ce qui compte c’est d’être informé et de pouvoir choisir en connaissance de cause son traitement, ses vaccinations, etc. Donc, de ce point de vue là, la vaccination obligatoire, c’est dommage puisque ça utilise l’argument d’autorité et non pas le raisonnement et le choix éclairé, et ça, pour nous, c’est vraiment une régression.


[...]


Il y a dans l’histoire beaucoup d’exemples où les choix des autorités en matière de vaccins étaient très discutables et, finalement, pas bien fondés, ça n’incite pas à la confiance. Mais tant qu’on en reste à utiliser l’argument d’autorité plutôt que mettre en avant les explications, la pédagogie, l’information, la transparence, ça aura beaucoup de mal à progresser.

Levothyrox by @LehmannDrC

Wednesday, August 30th, 2017

Putain. Je le fais ce thread #Levothyrox basique, ou je laisse tomber parce que ca suffit comme ça? Tt le monde a compris c’kïspasse?

#Levothyrox . Le thread pour briller en société. C’est ici, et c’est gratuit. A la demande générale de cinq personnes

La thyroide est une petite glande située sur la face antérieure du cou. Une glande endocrine ( ca veut dire qu’elle secrete des hormones ds

Le sang, à la différence d’une glande exocrine qui secrete sur la peau: glande sudoripare qui secrete la sueur par exemple)

Ce qu’il faut bien piger c’est que la thyroide est un thermostat. Ouais, mec, un putain de thermostat.

Si elle s’emballe c’est l’hyperthyroidie, ton métabolisme accélere, t’es en mode hyper, Sonic sous acide: tu transpires, t’es tout fébrile,

T’as chaud, ton coeur bat vite, t’as tendance à la diarrhée, t’es facilement à cran, tu maigris. Tu te consumes, quoi.

Si ta thyroide ralentit, c’est l’hypothyroidie tu te mets en mode ralenti tu avances à la vitesse d’un personnage secondaire allant de

Kings Landing à Winterfell dans les premieres saisons de Game of Thrones. Et c’est Winter is coming: t’as froid, t’es ralenti, tu grossis,

T’es constipé, ton coeur bat lentement, t’es mou, tu peux te sentir tout triste, tout ratatiné.

La thyroide secrete des hormones thyroidiennes, donc, mais elle fait pas ca toute seule sans surveillance. Dans ton crâne derriere tes yeux

Au milieu il y a une petite glande appelée hypophyse qui gere ca en maitre d’orchestre,qui analyse combien il y a d’hormone thyroidienne

Dans le sang, et ds le cas où la production faiblit ( feignasses gauchistes de cellules thyroidiennes!!!) l’hypophyse secrete de la TSH

Hormone de Stimulation de la Thyroide, pour stimuler la thyroyde, justement. Donc si il y a suffisamment d’hormone thyroidienne la TSH va

Rester basse, s’il en manque, la TSH va s’elever parce que l’hypophyse va lancer un ultimatum à la thyroide: bouge toi le cul, connasse.

Il y a plein de situations dans lesquelles ont est amené à donner des hormones thyroidiennes de synthese, on appelle ca un traitement

Substitutif parce que le médicament se substitue à la thyroide. Ca peut être parce que la thyroide ne fonctionne pas, ou, la ruse!!!!, ca

Peut être pour la mettre en sommeil parce qu’elle déconne. En donnant de l’hormone médicamenteuse, on trompe l’hypophyse qui se dit: ouhlà

Vindiou y’a de l’hormone thyroidienne plus qu’il n’en faut, j’arrete immédiatement de stimuler la thyroide! La TSH est alors basse voire

Effondrée, parce que l’hypophyse, tant que le taux d’hormone thyroidienne médicamenteuse est éleve, va stopper la stimulation

Le probleme des hormones thyroidiennes de synthese c’est que la dose est parfois compliquée à déterminer, différente chez chaque patient

On arrive donc à la dose optimale par tatonnement. Et pour bien faire c’est un des rares médicaments où utiliser un générique peut poser

De gros problemes parce que ce qu’on appelle la biodisponibilité va varier d’une marque à l’autre. Peut etre que chez Mr Lambda, 125 mcg

De levothyroxine Dugland vont filer 120 mcg ds le sang, mais s’il change de pharmacie et fe génériue, peut etre que 125 mcg de

Levothyroxine Duschmoll vont seulement libérer 110 mcg d’hormone dans le sang. Et pour la levothyroxine ces variations apparemment minimes

Peuvent avoir de grosses conséquences tres mal vécues par les patients. Pourquoi? PARCE QUE C’EST UN THERMOSTAT, IDIOT!!!

Et que quand tu joues avec le thermostat ca fait yoyo et t’es vraiment mal. Donc les hormones thyroidiennes c’est un des rares médocs où on

Dit aux gens: une fois que vous avez teouvé la dose optimale de votre hormone thyroidienne évitez de changer de marque. Et on dose la TSH

Régulierement, et souvent, si tt va bien elle est tres basse, effondrée parfois, parce que l’hypophyse n’a aucune raison de stimuler

La thyroide. Ce qui s’est passé récemment, c’est que l’ANSM, l’agence du médicament, a demandé au laboratoire Merck qui commercialise

LEVOTHYROX de modifier un des excipients du comprimé, le lactose. Pourquoi? Parce qu’ils se sont apercus que d’un lot de médicament à

Un autre, ou bien dans la meme boite dans le temps, la biodisponibilité de l’hormone pouvait varier. Je m’explique: tu achetes ta boite de

90 cps pour trois mois. Au début chaque comprimé de 125 mcg te délivre à peu pres 125 mcg ds le sang mais avec le temps, le vieillissement

Des comprimés, peut etre que sur les 10 derniers comprimés tu n’as plus que 110 mcgs délivrés à chaque prise. Donc ce n’est pas un complot

Maléfique des reptiliens illuminati vaccinateurs du grand remplacement de Big Pharma, c’est une demande de l’agence du médicament ds le but

De garantir aux patients une meilleure qualité du produit. Tout ce qu’ils ont fait c’est changer un des composants neutres du comprimé

Le lactose, par le mannitol. Manque de pot, comme d’hab en France: aucune explication aux patients, une information technocratique aux

Docteurs, perdue dans la masse, pas très claire ( genre: on a changé un truc, vous ferez doser la TSH de vos patients ds 3 mois, ciao)

Donc ce qui s’est passé c’est que sur le très grand nombre de patients sous Levothyrox, certains ont ressenti des effets néfastes au

Changement de formule. ( Because c’est un thermostat, remember?) Et comme c’est un thermostat chacun peut avoir des troubles très différents

Et pas forcément tres spécifiques: je suis crevé. J’ai mal au bide. J’ai chaud. Je perds du poids. J’ai les jambes faibles, etc etc etc

Et on a maintenant, en l’absence de toute calamité infectieuse, en l’absence de tt risque majeur, l’ébauche d’une magnifique shitstorm.

Une information de médiocre qualité. Pas de prise de conscience en amont. Une modification de formule justifiée mais pas expliquée.

Des patients ( pas tous) qui découvrent soudain que leur sensation de malaise récent est peut etre liée à cette modification de formule et

Ont l’impression d’etre la derniere roue di carosse, surtout s’ils ont à un moment ou un autre eu pour toute réponse à leurs interrogations

Circulez y’a rien à voir c’est dans votre tete. Des soignants pas ou mal informés. Une agence qui n’imaginait pas les conséquences du

Changement de formule. Un labo qui dit: nous on a juste fait comme nous ont demandé les autorités, merde! Des journalistes dont bcp hélas

Ont la culture scientifique d’un conseiller de Donald Trump.Saupoudrez la dessus quelques assos de patients bien barrées sonnant le tocsin

Et balancant à la presse des trucs invraisemblables pas vérifiés, ce qui fait naitre la panique. On est pas bien, là, dans un énième foirage

De santé publique dont on aurait pu faire l’économie avec un peu de cette démocratie sanitaire dont on nous rebat les oreilles depuis des

Années mais qui sert essentiellement à filer des postes bien payés à des nuisibles bourrés de conflits d’intérêt mais ceci est une autre

Histoire. Donc pr résumer: c’est pas un complot juste de l’incompétence. Et le problème c’est que la thyroide c’est un putain de thermostat

C'est vrai, moi, juge, j'ai été désarmée face à un médecin

Friday, June 16th, 2017

C'est vrai, moi, juge, j'ai été désarmée face à un médecin

C’était il y a plusieurs années, j’étais juge d’instruction. J’avais instruit un dossier d’agressions sexuelles reprochées par des patientes à un médecin, depuis jugé et condamné. Je ne donnerai pas de détail sur le dossier.

Je peux juste dire que toutes ces femmes me décrivaient la même chose : leur état de sidération lorsque le médecin avait porté sur leur corps un regard lubrique, tenu des propos salaces, posé ses mains sur leurs seins ou leurs fesses.

Leur sortie du cabinet médical, éberluées, se demandant si elles avaient rêvé, si c’était seulement possible.

Leur rêcits à leur mère, leur sœur, leur copine, leur compagnon, se demandant si on allait les croire. (Celles qui étaient en couple m’ont dit à quel point le soutien leur homme avait été précieux, que c’était important qu’il les croie)

Leur plainte à la police, pour certaines tout de suite, pour d’autres après avoir beaucoup hésité, en espérant être crues. (Parmi elles, il y avait une avocate, qui avait beaucoup hésité, par peur du "qu’en dira t’on" au barreau, d’être mal vue par ses confrères)

Or, après avoir instruit ce dossier, j’ai consulté mon endocrinologue, conseillé par un ami de la famille, médecin aussi, j’avais confiance

Je l’avais consulté plusieurs fois, il me suivant bien. Un jour, il m’a fait un compliment sur mon visage. J’ai trouvé ça étrange, déplacé.

Je n’y ai pas fait trop attention. Il insistait bcp pour que je fasse des mammographies, mais pour moi, c’était à ma gynéco de les prescrire

Un jour, j’étais allongée sur la table d’examen, il m’a palpé la thyroïde. Normal, j’y allais pour ça, examen banal. Tout à coup, il me dit "je vais vous examiner les seins". J’étais surprise, il ne l’avait jamais fait, ni aucun endocrino avant. Il a prétexté que je n’avais pas fait de mammographie depuis longtemps, que c’était prudent. Et avant que j’aie pu dire quoi que ce soit, il avait mis les mains sous mon pull, sous mon soutien gorge, et faisait une palpation.

Je ne sais plus ce que j’ai pensé. Qu’il était médecin et qu’il savait ce qu’il faisait ? Que je pouvais faire confiance à l’ami d’un ami ?

Ca m’a troublée sur le moment, puis je n’y ai plus pensé. C’est 6 mois plus tard, lorsque je suis allée chez ma gynéco, qd elle m’a examinée que j’ai réalisé que l’ "examen" qu’il avait pratiqué, n’avait rien à voir avec le vrai examen des faits, qu’il s’était juste fait plaisir.

Bref, que c’était une agression sexuelle.

Je me suis sentie bête. Parce qu’ayant déjà eu un certains nombre d’examens gyneco, j’aurais du me rendre compte que c’était anormal.

Et pq juge, j’aurais du réaliser ce qui se passait. Eh bien non, et c’est ça l’état de sidération décrit par les victimes dans mon dossier

Il faudrait, en moins d’une minute (ça a été très bref), à réaliser ce qui se passe, à analyser, alors que l’on est face à un "sachant"

On est dans une sorte d’entre deux, de flottement, une partie de soi qui dit "qu’est ce qu’il est en train de faire ?" Et une autre qui dit "c’est un médecin, il sait ce qu’il fait". L’image qui me vient est celle d’un sarcophage dont on n’arrive pas à sortir

Puis c’est terminé, on se lève, un peu interoloquée, on va payer, on dit au revoir, peut être même "merci docteur", comme d’habitude.

Puis j’ai déménagé, je n’ai plus vu ce médecin. J’ai été suivie par un autre endocrino, qui ne m’a jamais fait de compliment déplacé, ne m’a jamais touché les seins, juste palpé la thyroïde, prescrit des prises de sang et mon traitement, comme les autres, comme avant. (Au passage j’ai appris que l’ancien endocrino ne m’avait pas si bien suivi que ça)

Et je n’ai plus pensé à cette histoire. Le déménagement, de gros soucis familiaux, un grave problème de santé, le travail très prenant.. etc

Et porter plainte, plusieurs mois après les faits, il nierait, dirait que c’était un geste professionnel, mal interprété… à quoi bon ?

Bref, une réaction courante de victime. Et je sais ce qu’est une procédure judiciaire, ce qu’elle impose aux victimes : expliquer, justifier, être confrontée. Je n’en n’avais pas envie. Ni surtout la force à ce moment là de ma vie.

J’ai pensé écrire à l’ordre des médecins local, mais j’avais constaté son inertie dans le dossier que j’avais instruit, c’était inutile.

Maintenant les faits sont prescrits, le médecin à la retraite. C’était désagréable, mais je ne me suis pas sentie très traumatisée.

Encore que … si je floode aujourd’hui … Ou est ce que j’ai banalisé, ayant déjà subi quelques tripotages dans le métro ?

Alors, qu’est ce que j’en tire comme leçon ?
Que je ne sais pas si j’ai bien fait de ne pas porter plainte.

Que les victimes d’agressions sexuelles ont du courage pour porter plainte. (Mais ça, je le savais déjà. Là, j’en ai pris la mesure).

Que c’est encore plus compliqué si c’est un professionnel, un "notable", si l’on est soit même supposée être "armée" par son statut.

Que oui, on peut mettre du temps à porter plainte. Qu’il faut parfois qu’il y en ait une qui montre la voie.

Que la question "mais pourquoi tu n’as pas réagi ?" ne peut recevoir aucune réponse.

Et voilà comment, même éduquée, juriste, professionnelle, plus toute jeune, on peut se sentir totalement désarmée. #Fin

S-1

Monday, April 17th, 2017

À une semaine des élections, il est de bon ton, puisque le Brexit n’a pas eu lieu et que Trump n’a pas été élu, de prétendre que Marine ne passera pas. Aux États-Unis, la méfiance est quand-même de mise, comme le prouve cette géniale émission Last Week Tonight avec John Oliver (@iamjohnoliver) (HBO)

Comme "ne pas prévoir c’est déjà gémir", il est assez édifiant de consulter le tableau réalisé par l’équipe de TTSO et titré "ne croyez rien" où ils calculent le ratio "score réalisé / moyenne des sondages" aux dernières présidentielles :

Les monstres

Saturday, November 12th, 2016

Le Brexit et l’élection de Donald Trump partagent de nombreux points communs… et préfigurent probablement l’élection présidentielle de 2017 en France. Ceux qui, comme moi, sont abonnés à la lettre quotidienne Time To Sign Off (alias TTSO) ont pu lire, la veille de l’élection de Trump :


Clinton est donnée gagnante dans 93% des sondages. Trump n’est victorieux que dans 3%. C’est un peu moins favorable – mais comparable – aux chances que les bookmakers anglais accordaient au Brexit la veille du vote (15% en moyenne). Autre indice, sur les marchés financiers, l’indice de la peur (le ViX, qui mesure la volatilité des cours de bourse américains… et donc la nervosité des investisseurs), qui avait bondi de plus de 70% ces derniers jours où Trump remontait dans les sondages, est retombé à un niveau quasiment égal à celui qu’il avait juste avant le Brexit. Tout va bien se passer.


KAL for The Economist

Vérité contre récit

Comme après le Brexit, les discussions se polarisent sur la notion de « vérité », sur le fait que ceux qui racontent des histoires, et sont donc la cible des vérificateurs de vérité que sont principalement devenus les journalistes, parviendraient à subvertir des foules droguées aux médias sociaux (lire par exemple Médias : la faillite, et après ? de Jérôme Chapuis (@jchapuis) ou Le professeur d’histoire de Olivier Ertzscheid (@affordanceinfo)).

Comme l’écrit Jérôme Chapuis « les médias sont défiés dans leur fonction première : celle d’intermédiaire, de médiateur, de modérateur du débat public ». Cette introspection depuis « l’intérieur de la boîte » se traduit de façon plus violente à l’extérieur, par exemple, sous la plume de Nathan Jurgenson (@nathanjurgenson)


One general takeaway from the 2016 Election seems clear our popular media, from those producing it to those sorting it with editors and algorithms, are not up to the task of informing us and describing reality. This won’t happen, but those people who got Trump sooo consistently wrong from the primaries to Election Day should not have the job of informing us anymore. And if you were surprised last night, you might want to reconsider how you get information.

« Une des principales choses à retenir de l’élection de 2016 semble claire : nos médias populaires, de ceux qui produisent l’information à ceux qui la trient avec des éditeurs et des algorithmes ne sont pas à la hauteur de la tâche qui consiste à nous informer et à décrire la réalité. Ça ne se produira pas, mais ceux qui ont si mal évalué Trump des primaires à l’élection ne devraient plus être en charge de nous informer. Et si vous avez été surpris du résultat de la nuit dernière, vous devriez reconsidérer la façon dont vous vous informez. »

Les médias sont-ils réellement hors-jeu parce qu’ils s’accrochent à une forme de vérité que négligent désormais les (é)lecteurs ? C’est probablement à la fois plus compliqué et plus intéressant.

Comme l’écrit Philip Elliott (@Philip_Elliott) dans son article How Hillary Clinton Lost (Hillary Clinton built a machine. The nation wanted a movement) :


The eternal political reality remained, however: a machine can’t stop a movement, and America prefers a warrior over a wonk.

« La réalité politique éternelle reste qu’une machine ne peut stopper un mouvement et que l’Amérique préfère un guerrier à une première de la classe. »

Ce « mouvement » est superbement décortiqué par Vincent Glad (@vincentglad) « Plus encore que George W. Bush, Donald Trump a créé sa propre réalité. […] Plus il a été écrit que Trump avait tort, et plus il maintenait et amplifiait ses propos, plus s’est imposé aux yeux de ses électeurs la force émancipatrice de ce personnage. Les médias traditionnels n’avaient plus droit de cité dans ce nouveau régime de vérité. »

Ce qui est à l’œuvre est donc, en réalité, assez simple : Trump construit un récit qui emmène ses électeurs dans un monde nouveau et ils font naturellement peu de cas des vérités du monde qu’ils quittent. Pour paraphraser Saint-Exupéry, « Quand tu veux gagner une élection, ne commence pas par créer un programme qui tient la route, mais réveille au sein des hommes le désir d’une nation grande et large ».

D’ailleurs, tous ceux qui se piquent d’innover (le grand mot valise du moment), savent que tout commence par la construction d’un récit : puisque, par essence, ce que vous apportez n’existe pas dans le monde actuel (« dans la vraie vie » comme disent ceux qui ont solidement les pieds sur terre), vous devez raconter de façon plausible la beauté du monde nouveau où votre invention trouve sa place (ou, mieux, qu’elle rend possible). La maxime de Philip Elliott sur le guerrier et la première de la classe s’interprète assez bien avec les théories de Thomas Kuhn sur la notion de paradigme : les élites forgées par l’ancien paradigme (les meilleurs de la classe lorsqu’il s’agit de raisonner « dans la boîte ») deviennent pitoyables dans un univers de plus grande dimension (ce qui explique pourquoi les élites institutionnelles (lire l’École de guerre, l’Académie de médecine, etc) sont aussi efficaces pour bloquer les progrès radicaux).

Le clair-obscur des monstres

Tout cela est bel et bon, me direz-vous, mais comme l’écrit Catherine Boullay (@CBoullay) « Le vote Trump serait celui d’une Amérique qui veut que rien ne change. Qui veut de la tradition. »

Il y a, bien entendu, la magie politique, la capacité des plus vieux chevaux de retour à se peindre des couleurs du changement, la jouissance partagée d’un Tancrède de Lampedusa qui prêche « il faut que tout change pour que rien ne change » à ce chœur de Verdi qui chante « marchons, marchons » tout en restant parfaitement immobile. Mais il serait fâcheux d’en rester là.

Interrogé par Télérama, l’historien Romain Huret affirme « Ce qui frappe d’abord, c’est la crise de confiance des citoyens américains vis-à-vis des corps intermédiaires et des institutions de leur pays. Depuis une dizaine d’année, les institutions censées incarner cette confiance – le Congrès, la justice, l’éducation, la police -, qui forment le socle de la démocratie américaine, sont dans la tourmente, au niveau local comme national : la police est accusée d’abattre de jeunes Afro-Américains sans défense, les juges de rendre une justice de classe, l’école de reproduire les inégalités et le Congrès d’être une force de blocage plus que de progrès. » Indubitablement, cette « crise de la façon de faire société » n’est pas limitée aux Etats-Unis et l’ampleur de la remise en cause du « socle ancien de la démocratie » évoque fortement une forme d’enfermement dans un paradigme obsolète.

Dans son article de 1997 Complexity Rising From Human Beings to Human Civilization, a Complexity Profile, dont est tiré l’illustration ci-dessous, Yaneer Bar-Yam (@yaneerbaryam) prédit l’évolution des formes de société en fonction de la complexité des enjeux qu’elles ont à relever. On pourrait le commenter en disant que, dans une situation simple, les experts ont une vision convergente et que celui qui, du haut de la pyramide hiérarchique, voit remonter l’ensemble des avis, est le mieux à même de prendre des décisions éclairées. A contrario, les situations complexes sont caractérisées par l’incohérence de la juxtaposition des points de vue, et rend la position du « dirigeant », à la fois loin du terrain et condamné au strabisme, d’autant moins pertinente que la société « dirigée » devient complexe.

L’hypothèse que nous vivons dans une société post-industrielle – dont l’équilibre passe par l’établissement d’une « société maillée » – qui reste bloquée dans un mode de gouvernance hiérarchique me semble un bon modèle de réflexion sur la crise actuelle de nos démocraties occidentales. J’en ai déjà parlé, ainsi que de la sentence d’Antonio Gramsci « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »

Ceux pour qui ces modèles font sens comprendront que la seule façon efficace de lutter contre l’apparition, et la persistence, des monstres est de quitter au plus vite cette « zone de clair-obscur » en expérimentant au plus vite les outils de l’intelligence des foules (jurys citoyens, démocratie liquide, et bien d’autres choses qui restent à inventer).

Dans ce contexte, les journalistes, qui se contentent très généralement de classifier les monstres en fonction de leur distance aux bons usages du « vieux monde qui se meurt » sont d’une grande naïveté s’ils pensent faire œuvre utile. J’ai d’ailleurs poliment interpellé Jérôme Chapuis sur la façon dont il évoque Twitter dans son article.
Il peut paraitre anecdotique de pointer quelques mots au sein d’un article dont les interrogations sont globalement pertinentes… mais on peut logiquement supposer que tant que les journalistes, qui, par essence, alimentent les vecteurs descendants, ne comprendront pas les médias en réseau, ils auront également beaucoup de mal à accompagner le récit de la société maillée et se condamneront eux-mêmes à mourir avec le vieux monde.

Ring the bells that still can ring

Et si, a contrario, le journaliste comprenait que l’intelligence des foules désigne, en réalité, un réseau structuré par les facultés spécifique de chacun des individus qui le composent et non une masse ordinaire qui exhiberait de l’intelligence si on sait correctement la sonder ?
Car le passage à une société maillé est par essence transformatif : dans un mouvement récursif, elle fournit à chacun les conditions d’une individuation (au sens des Irremplaçables de Cynthia Fleury (@CynthiaFleury) en développant au mieux ses compétences propres au service du groupe) et s’enrichit en retour de la capacité de ses membres à élever leur niveau de conscience en cohérence avec les besoins globaux.

Alors faut-il comprendre la conclusion de Jérôme Chapuis comme le constat implicite du fait que le journaliste est déjà dans un niveau de conscience trop élevé pour trouver sa place dans le monde ancien… tout en se trouvant empêché, par un rôle limité à l’observation et au commentaire, d’envisager le monde qu’il faudrait faire naître ?


Alors dans la nouvelle agora décentralisée, le journalisme est-il condamné à la faillite ? Le métier n’a jamais été aussi délicat à pratiquer : métier de conscience dans un monde qui se robotise ; métier de raison dans un monde de passion ; métier d’authentification dans un monde où tout est relatif ; métier de rassemblement en des temps de dispersion ; métier de vérification dans un monde en excès de vitesse. Pour toutes ces raisons, et sûrement à contre-courant, j’ai la conviction qu’on n’a jamais eu autant besoin de journalistes.

Malheureusement, même si les journalistes endossaient enfin un rôle de facilitateur du passage vers un nouveau paradigme, 2017 sera une année difficile et frustrante en France puisque l’élection présidentielle – la désignation de celui qui occupera le sommet de la pyramide du pouvoir – représente la forme démocratique la plus incompatible de toutes avec la société maillée (raison pour laquelle il me paraît impossible de ne pas voter blanc en signe de « protestation active non participative »).

Les étasuniens, qui ont, d’une certaine façon, la « chance » d’avoir déjà identifié leur monstre, ont une occasion historique de créer une société maillée fantôme.
Cette hypothèse est d’ailleurs esquissée dans la dernière lettre hebdomadaire de Ann Friedman lorsqu’elle appelle à une évolution sociale parallèle :


Campaigns have endpoints. Social progress does not. Find a way to do what you can, with your own skills, in your own community, to make life better for people who are threatened by the outcome of this election.

Elle pointe, par ailleurs, sur le travail collaboratif "Oh Shit! What Should I Do Before January?".

Je laisserai, avec une réelle tristesse, les derniers mots à Léonard Cohen. Ils en disent plus, et mieux, que l’ensemble de ce billet :


Ring the bells that still can ring
Forget your perfect offering
There is a crack in everything
That’s how the light gets in.

En sachant que, si nous ne parvenons pas à laisser passer la lumière, il ne restera qu’à continuer à cocher des cases au sein du Pessimist’s Guide to the World de Bloomberg :-)

Steve Jobs on French TV circa 1984

Saturday, May 7th, 2016

Terrible felling to discover that what he said more than thirty years ago remains mainly unknown – or at least misunderstood – by most people in charge here.

Fin des Guidelines

Friday, May 6th, 2016

Marc Jamoulle (@jamoulle) a fait une superbe réponse sur la liste de diffusion du CISP Club après que j’y avais attiré l’attention sur la vidéo "End of Guidelines – a parody of End of the Line". Je ne résiste pas à publier ici le travail de James McCormack (@medmyths) et le texte de Marc.


Bonjour


Je pense que vous n’avez pas pris la mesure de l’importance de la vidéo lancée par Mc Cormack et ses amis.


Ces gens la ne sont pas des rigolos; ce sont le plus souvent des grands auteurs, certains épidemiologistes cliniques, d’autres journalistes médicaux de talent auteurs de livres à succes, d’autres médecins de famille. Ce sont tous des champions de l’EBM. Il suffit de googler leur nom pour comprendre qu’ils savent de quoi ils parlent.


Ils sont aussi tous anglosaxons soit le monde US+UK+CAN+AUST dans les quels les assurances ne rigolent pas avec les applications EBM.


Ici en Belgique ou en France si vous ne respectez pas une guideline, personne ne va venir vous cherchez des pous.


Ce n’est pas forcément le cas pour les auteurs de la vidéo et par exemple Iona Heath ex présidente des MG UK sait que ne pas respecter une guideline, c’est s’attirer les foudres du NHS.


Nos collègues utilisent une video comique pour denoncer des situations absurdes et déclarer, ce à quoi nous devrions réfléchir intensément, que c’est le patient qui est au centre du jeu, que c’est pour lui qu’on fait la médecine et que c’est à lui, en connaissance et conscience, qu’il revient de décider. Vous voyez là l’influence du concept Shared Decision Making si bien défendu par Legare ou par Dee Mangin.


Ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas ici de l’establiment médical mais de dissidents, qui lancent un cri d’alarme, cri très entendu dans toute l’Amérique latine si j’en crois les réactions sur les listes P4

Sorbet à l’anis vert

Tuesday, April 26th, 2016

Pour 6 personnes – préparation 10 mn – infusion 50 mn

3 cuillerées à café de graines d’anis vert
75 cl d’eau
10 cl de pastis
1 jus de citron
350 g de Confisuc

Dans une casserole, portez l’eau à ébullition avec l’anis et Confisuc. Coupez le feu. Couvrez la casserole et laissez infuser 50 mn. Filtrez au chinois. Ajoutez le jus de citron et le pastis. Remuez et tournez en sorbetière.

Un sorbet délicat qui peut se servir aussi bien en dessert qu’en apéritif.


Tiré du "Livre des sorbets, glaces et granités" distribué par la Générale sucrière à la fin des années 80… en espérant que le Confisuc existe encore ;-)

Ingénieures

Tuesday, April 26th, 2016

Les Echos annoncent "Deux fois plus d’étudiantes ingénieures en 15 ans"… avec une illustration choc !

On ne retrouve pas tout à fait les mêmes chiffres dans le rapport de la CDEFI (Conférence des Directeurs des Écoles Françaises d’Ingénieur(e)s), mais la tendance est nette : la profession se féminise et c’est une excellente nouvelle pour la diversité, donc la qualité de la force vive de l’innovation.

Sorbet au Champagne

Tuesday, April 19th, 2016

Pour 4 personnes – préparation 10 mn

1/2 bouteille de champagne brut
20 cl d’eau
1 jus de citron
200 g de Confisuc

Avec l’eau, Confisuc et le jus de citron, préparez un sirop en chauffant pendant 5mn. Ajoutez le champagne. Laissez refroidir et tournez en sorbetière.

Ce sorbet est considéré par les gastronomes comme le plus raffiné et le plus élégant de tous. Il viendra s’intercaler majestueusement entre un poisson et une viande au cours d’un repas de fête.

À noter que si le sorbet au Champagne est destiné à être dégusté au dessert, vous pouvez augmenter de 100 g la quantité de Confisuc.


Tiré du "Livre des sorbets, glaces et granités" distribué par la Générale sucrière à la fin des années 80… en espérant que le Confisuc existe encore ;-)

Société maillée et fantômes liquides

Tuesday, April 12th, 2016

Mon ami Hervé est passé me rendre visite à l’improviste ; nous avons évoqué nos vieux démons et nos nouvelles passions autour d’un café, tout en dégustant les macarons qu’il avait apportés. La conversation a lentement dérivé des objets connectés, au contrôle grandissant des individus pour s’achever sur la politique… et le choix, de moins en moins improbable à mesure que la haine des politiciens grandit, d’une présidence Front National comme choix de rupture radicale « susceptible de créer un terrain favorable à un système neuf dans cinq ans ». Une forme d’écobuage incontrôlable.

Le vieux monde se meurt

Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. Antonio Gramsci

Je ne crois pas à cette hypothèse, car rien ne permet de penser qu’on contrôlera ce feu, et surtout qu’on pourra profiter de cette mise en cendres pour préparer les futurs semis avec la clarté d’esprit nécessaire aux grandes ruptures. Le diable ne rentre pas si facilement dans sa boîte… et quand je parle du diable, je ne parle pas que de Marine, mais bien des délires manichéens qui substitueraient opportunément une confrontation républicains contre frontistes à l’actuelle opposition droite-gauche usée jusqu’à la corde.

Faire apparaître un « nouveau monde » est possible ; les maux sont analysables, les solutions sont à notre portée pour peu que nous croyons plus en nous qu’en eux.

La première constatation que nous pouvons faire, c’est que notre monde est de plus en plus complexe.

Dans un monde simple, la multiplication des expertises permet d’affiner la compréhension, à la façon dont la diversité des angles de prise de vue fait converger la compréhension de l’objet photographié. Il est ainsi naturel que celui qui, du haut de la pyramide, est au point de concours des canaux d’information, soit le mieux placé pour décider pour la multitude.

Dans un monde complexe, au contraire, chaque expert apporte une contribution antagoniste, à la façon dont, confronté à la dualité onde-corpuscule de la lumière, se constituerait une opposition irréconciliable de tenants de l’interférence et de défenseurs des photons. Le « haut de la pyramide », est alors doublement disqualifié comme lieu où se prennent les décisions car il reste le point le plus éloigné de la base, de la « vie civile », tout en se voyant transformé en « lieu de convergence des divergences » par la mécanique décisionnelle héritée d’époques plus simples. Trancher devient un jeu de hasard et la politique l’art de nier les échecs en tentant de démontrer qu’un pire était possible et que l’avoir évité est déjà une réussite.

Ne pas reconnaitre ses échecs est le plus sûr moyen de ne pas apprendre… et de se condamner à reproduire les mêmes erreurs. Ce n’est pas la moindre des malédictions auxquelles nous condamnent des politiciens qui restent enfermés dans une logique de pouvoir d’une autre époque.

L’autre constatation est que notre forme de démocratie actuelle a de sérieux problèmes d’échelle. Les sujets réellement préoccupants devraient être réglés à l’échelle européenne ou mondiale, typiquement le dérèglement climatique, mais nous ne pouvons que constater qu’il n’existe pas d’exécutif européen et que nous n’aurons jamais de « président du Monde » capable d’imposer « du haut » des « décisions courageuses ».

Il n’est pas interdit de supposer que la complexité a joué depuis longtemps un rôle dans la composition des régions administrables de façon hiérarchique pyramidale, par exemple par un mécanisme d’autonomisation des marges, des lieux où un surcroît d’éloignement du sommet décisionnel en rendait les édits insupportables. La crise politique du moment n’est peut-être, dans le cadre de la mondialisation des échanges, qu’une soudaine généralisation d’un phénomène autrefois plus local, mais qui rend désormais obsolètes les démocraties trop fortement indirectes.

On peut à juste titre s’inquiéter d’être gouverné par des institutions en obsolescence rapide, d’autant plus que, comme nous le voyons avec l’actuel « état d’urgence » justifié par une « situation de guerre », un pouvoir désorienté sera toujours tenté de conserver son statut par la peur. Si rien ne change radicalement, la confrontation droite-gauche risque d’avoir bientôt le relent aigre d’une opposition Bradbury-Huxley.

Apprivoiser la complexité

I would rather have questions that can’t be answered than answers that can’t be questioned. Richard Feynman

Pourtant, cette complexité qui rebat nos cartes politiques est un phénomène tout à fait naturel, qui naît de l’augmentation des interactions et des échanges au sein de la société. Et la façon de s’en accommoder est tout aussi naturelle : il faut intégrer la discussion politique à la richesse des échanges. En résumé, passer d’une démarche hiérarchique où une élite gouverne une foule par essence indisciplinée à un pilotage en réseau qui rend la foule intelligente.

Utopie, crieront les adeptes de l’ancien mode. Si les gens n’étaient pas trop bêtes pour se gérer eux-mêmes, ça se saurait !

C’est assez vrai… mais en réalité je ne parle pas des mêmes gens, car quand les bouleversements du niveau de conscience créent un avant et un après, ils transforment également les individus.

Les grandes découvertes et les guerres ont façonné notre pensée actuelle. Il suffit de relire « Tintin au Congo » ou de revoir ces films d’Audiard où des coloniaux parlent du « bon vieux temps » pour mesurer la distance qui nous sépare déjà de ce niveau de conscience. Ces œuvres pourtant contemporaines utilisent un vocabulaire aujourd’hui choquant (et même à l’occasion pénalement répréhensible) pour mettre en scène des relations aux femmes et aux indigènes tellement caricaturales qu’elles seraient bien difficile à expliquer à des enfants nés avec le millénaire.

Abandonner l’illusion de l’inéluctabilité d’un pilotage hiérarchique transformera considérablement la façon de faire société, donc de se comporter en société.

Pour écrire « Reinventing Organizations », Frédéric Laloux a étudié des entreprises très diverses qui ont en commun d’avoir remplacé l’habituel pilotage hiérarchique par une organisation souple constituée d’équipes très fortement autonomes. Sa découverte la plus passionnante concerne la façon dont cette autonomie (les équipes sont responsables de leurs objectifs, généralement de leur budget, souvent de leurs embauches) permet aux individus d’évoluer individuellement, de trouver leur place optimale, voire même de la créer, et, ce faisant, de faire progresser le groupe.

Le critère majeur de réussite d’une société en réseau est de permettre aux citoyens qui en constituent le tissu de sortir de la « case » dans laquelle les inscrit mécaniquement toute hiérarchie pyramidale, de leur ouvrir un biotope au sein duquel ils peuvent grandir. Cette synergie entre des individus puissants et une société en réseau constitue la trame du récent ouvrage de Cynthia Fleury, « Les irremplaçables ». Elle y montre comment, une fois détaché des divertissements du « panem et circenses », chacun peut accéder à l’individuation, et, à l’image de ce que Frédéric Laloux a vu en entreprise, trouver sa véritable place dans la société ou la créer si elle n’existait pas.

L’intelligence des foules repose donc avant tout sur la capacité de chaque membre de la société, et ainsi de la société toute entière, à atteindre un nouveau stade de conscience. Il est évident que l’internet sera à la fois le système nerveux de l’état final et l’effecteur de son amorce initiale… mais il doit lui-même être transformé et fournir de nouveaux outils.

Les outils

Les outils de l’intelligence des foules restent largement à inventer. L’internet tel que nous le connaissons est d’ailleurs un lieu paradoxal à cet égard puisqu’il constitue un vecteur de surveillance massive par les services de renseignements et voit ses moyens d’information chaque jour plus privatisés par les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), des oligopoles qui font florès en nous éclairant « juste assez », tout en nous gardant soigneusement captifs. En inventant les outils de la « société maillée », il faudra également rendre à l’internet ses lettres de noblesses de réseau libre et ouvert.

Deux outils me paraissent suffire pour expérimenter la société maillée avec un niveau d’ambition suffisant : le comité de proposition et le système de vote de démocratie liquide.

Nous sommes, je le pense, par essence indécis sur les sujets principaux de société. Typiquement, faut-il stopper les centrales nucléaires, s’intéresser aux huiles de schistes, réformer le code du travail ? Puisque ce sont des sujets complexes, les experts sont divisés, donc générateur d’une cacophonie peu éclairante. Puisque ce sont des sujets sensibles, l’exécutif ne laisse filtrer que les informations qui justifient à l’avance la décision qui sera imposée d’en haut.
La piste qui me semble la plus prometteuse pour sortir de ce type d’impasse est celle du comité de proposition : pour chaque décision de ce type, un groupe restreint et efficace (une « équipe projet ») est tirée au sort à la façon d’un jury d’assise, avec comme seule contrainte celle de maximiser son intelligence collective ; ce groupe instruit le dossier de façon interactive et transparente, avec les moyens suffisants (tant financiers que comminatoires) pour convoquer qui bon lui semble et se déplacer où bon lui semble. Elle produit alors une proposition étayée qui est soumise au vote du reste de la société.

On peut logiquement s’attendre à ce que le comité de proposition élabore un texte compréhensible par chacun et permette l’exercice de la démocratie directe où chaque citoyen vote. On peut cependant raisonnablement penser qu’une partie d’entre eux estimera ne pas se sentir capable de voter, faute d’avoir un intérêt suffisant pour le sujet ou d’avoir pris le temps d’étudier le contexte. Grâce à un système de vote dit de « démocratie liquide », ils pourront alors désigner ponctuellement la personne à qui ils font confiance pour voter à leur place.

Pour une société maillée fantôme

L’intelligence collective produit des citoyens éclairés qui augmentent l’intelligence de la société maillée dans un cercle vertueux qu’il faudrait amorcer au plus vite. Il ne serait pas très compliqué de créer un outil de comité de proposition, à la façon dont Wikipédia permet à une communauté d’affiner une entrée de dictionnaire. Des outils de démocratie liquide existent également, même s’ils n’ont pas encore toutes les qualités, tant en dimensionnement qu’en garanties de fonctionnement, du système cible. Il serait, en tout cas, passionnant de créer des prototypes qui permettent de « jouer des scénarios » sur des enjeux réels de sociétés, par exemple les lois en cours de discussion et de permettre à chacun de comparer la qualité de cette « shadow democracy » avec les pénibles productions du système en place.

Sydney Hobart 2015

Saturday, January 30th, 2016

Retour en images sur la 71e édition de Sydney Hobart, gagnée en temps réel par le maxi Comanche (plan VPLP Verdier) et en temps compensé par le TP 52 Balance devant le français Courrier du Léon.

Superbe résumé d’une course particulièrement éprouvante, débutée dans le gros temps et terminée dans la pétole.

L’Hermione à la pointe du raz

Monday, January 18th, 2016

Photographie de Ronan Follic


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