Célébrons les défricheurs


Au moment où notre monde est appelé à conduire une véritable métamorphose, qu’il doit conduire une vaste transition dont dépend, pour dire les choses crûment, notre survie ; au moment où les systèmes conceptuels et institutionnels hérités du passé se révèlent inadaptés à gérer les nouvelles inter-dépendances ; où l’empire des systèmes techniques sur les sociétés exige de nouveaux modes de régulation ; où chacun clame la nécessité d’un nouveau modèle de développement sans en tracer les lignes directrices [...] nous avons besoin de praticiens désireux, à un moment de leur vie, d’interroger leur pratique et d’oser explorer des voies nouvelles [...] Armez vous de courage et d’audace. Vous ferez peut-être grincer les dents des collègues dans un premier temps, mais n’est-ce pas le sort usuellement réservé aux défricheurs ?

Pierre Calame et Edgar Morin, Le Monde du 21/11/2013

One Response to “Célébrons les défricheurs”

  1. Michel De Jonghe Says:

    par où commencer ?
    Hier APM, lors d’une rencontre entre soignants de première ligne, pluridisciplinaires, nous avons abordé le problème de la marchandisation des soins, et donc des patients (peut-être qu’on n’a pas osé parler de notre propre marchandisation). La marchandisation implique que les règles économiques seront appliquées. Recherche de profit (actuellement le soin à la maladie) ; expansion non prévisible du champ d’application (cfr disease mongering) ; soumissions aux volontés des actionnaires ; manipulation de l’opinion des gens en leur faisant croire que certains soins ou traitement ou prévention sont indispensables à leur bonheur, à leur vie en bonne santé ; glissement du droit vers le droit commercial (?).
    Ces idées ont eu droit à un rejet massif, un peu comme si on était blanc, et les autres noirs ; un peu comme si on ne faisait pas partie du système ; un peu comme si nous étions convaincus de pouvoir faire autrement que de participer à ce système.
    Les notions de bases pour rejeter ces approches sont : équité des soins, solidarité, service public pour tous, refus d’une médecine à plusieurs vitesses.
    Mais qu’en est-il dans notre société? Comment peut-on admettre que des allocations de chômages se réduisent à peau de chagrin, mettant même la survie de famille dont de jeunes enfants en péril, alors que des pensionnés gagnent parfois 3* plus que l’allocation de chômage maximale ? Pensionnés qui, faut-il le rappeler, sont à l’origine du “j’ai droit”, qui ont pollué la planète comme pas permis, qui ont bénéficié d’années en or où l’investissement jugé colossal à un moment de la vie pouvait se réduire à peau de chagrin quelques années plus tard au vu des gains nettement supérieur engendrés pour assurer la même fonction (impossible aujourd’hui!), qui ont organisé des dépenses publiques au delà du raisonnable sans avoir à assurer des pensions, du moins à une partie importante de la population.
    que penser d’abus juridiques qui à force de recours et de procédures en contestations mettent à mal même la notion même de justice sur le dos des contribuables ?
    Que penser d’un pays qui accorde 3% de revenus supplémentaires aux soins de santé alors que le pays bénéficie d’une croissance d’à peine 0.2% (et encore si on admet être sorti de la crise). C’est comme si je vivais avec 1030 euros par mois alors que j’en gagne 1000….
    Nous pourrions multiplier les exemples malheureux qui tous trouveront des explications rationnelles basées sur des valeurs fortes, belles, grandes, humanistes.
    Mais quand on travaille à enveloppe fermée, on ne peut pas réfléchir ainsi. Alors finalement, peut-être que la marchandisation des soins est une chance car elle touche à un symbole fort de l’humanité. Elle permettra peut-être de réinterroger le droit, les priorités, les égalités (pourquoi pas tous les pensionnés et les personnes au chômage à 1000 euros par mois (je ne suis pas économiste, je ne sais même pas si c’est viable). Elle a déjà permis de mettre en place des outils critiques tels que l’EBM, la prévention quaternaire, les notions de surdiagnostics etc. En fait, elle permet la critique, la défense d’opinion parfois contraire, la discussion, même si les moyens financiers en terme de communication pour défendre les intérêts des un et des autres ne sont pas comparables. Elle permettra peut-être de réfléchir en module. L’approche humaniste est un échec philosophique ; elle peut l’être également à d’autres point de vue, y compris la santé. Cela ne doit pas déforcer le service public nécessairement, mais celui-ci pourrait ne s’attacher qu’au nécessaire (molécule indispensable en terme de critère forts (mortalité, morbidité, qualité de vie) ; intervention chirurgicale prouvées efficientes ; définition de qualité ; etc. ;dans l’intérêt des patients. Le reste pouvant être accessible à la population sous forme de santé modulaire (et au-delà, pension modulaire, justice modulaire, etc)
    Tout ceci est encore en mode brouillon dans mon esprit. Peut-être que le raisonnement de base est complètement nul (au delà d’arguments idéologiques). Mais pourquoi toujours refuser la discussion comme si certains sujets étaient tabous ? En tout cas, si on doit changer quelque chose, on sent bien que ce ne sera pas un petit module par ci par là, à l’avantage de certains, mais ce seront la définition et les critères de congruence des modules qu’il faudra revoir….

Leave a Reply


− quatre = deux


css.php